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  • : Blog destiné à faire connaitre les œuvres artistiques et poétiques des îles de la lune ''Comores ''
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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 14:30
http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=11439 Isabelle Mohamed Ecrire en pays de lune, l'autre nom attribué aux Comores par les marins arabes des Mille et une nuits, pose une question de légitimité, depuis que l'imaginaire de ces iles s'est invité dans la langue française. Lire y demeure aussi un acte singulier, dont nous parle Isabelle Mohamed. Elle est libraire et membre de Djando la Waandzishi. Lire en pays de Lune ? Mais pourquoi ? Pourquoi lire quand l'histoire s'offre, se crée à l'ombre du badamier, dans l'intimité de la cuisine, au fond des boutiques ou sur le banc de la mosquée ? Pourquoi lire quand la saveur des mots, la magie de l'imaginaire, recomposé et participatif, se déploient naturellement, à la faveur de la rencontre, au sein du groupe, dynamisés par des auditeurs qui ajoutent leur touche tandis que l'histoire s'envole de bouche en bouche chargée de toutes les fantaisies. Lire pour s'informer ? Pourquoi ouvrir un journal ou un magazine quand la rumeur, née d'une nouvelle radiophonique ou d'une parole autorisée, s'enfle et roule dans le village, déclenchant naturellement toutes les sensations de la vie, surprise, peur, émerveillement… Pourquoi lire un essai quand l'analyse se construit dans un échange vivant et passionné, où chacun peut briller par sa prétention à la perspicacité ? Pourquoi lire donc quand le besoin de rêver ou de savoir peut être satisfait dans ce collectif qui réchauffe et légitime, s'imposant dans tous les moments de la vie ? Car lire, comme écrire d'ailleurs, c'est se retirer du groupe. C'est prendre un temps pour soi, partir en quête de l'ouvrage, rester seul, faire une pause dans le temps de la vie sociale qui absorbe ordinairement tout un chacun. Il faudra donc de bonnes raisons pour lire, de bonnes raisons pour s'exclure un temps, voire longtemps si l'on devient un lecteur passionné, et dès lors un être singulier. Lire en comorien, "usoma", contient en soi l'idée de l'étude, de la formation. "M'tru kasoma" est celui qui n'est pas allé à l'école, celui qui n'a pas appris. La lecture reste donc marquée par un sous-entendu : lire c'est d'une certaine manière se former. La lecture est utilitaire. Lui associer la notion de plaisir reste incongru. C'est une idée d'ailleurs marquée du sceau de l'étranger, du "mzungu", pour ne pas le nommer. Et encore ! Elle n'est pas si simple cette affaire … car le "mzungu" est, bien plus encore, celui qui a inscrit la lecture dans le champ des exigences nouvelles de l'efficacité. La lecture est la clé jumelle de l'écriture pour l'obtention d'un emploi dans l'administration, espace consacré "symbole réussite". Certains sont prêts à conclure, rapides en besogne, que la lecture appartient à cette modernité forgée à l'aune de la colonisation, qu'elle est le produit du système occidental qui l'a apportée, telle un cadeau, à un peuple, aujourd'hui encore, ingrat, tant il n'a pas su en profiter. Une grave erreur, s'il en est, car la lecture est bien présente dans la vie du Comorien sans rien devoir à cette modernité. Il n'est pas de maison sans livre, sans Le Livre (1) ou ses commentaires multiples et variés. Le libraire spécialisé en ouvrages pieux de langue arabe ou calligraphiés en caractères arabes est là pour répondre à la demande des parents, des érudits, des personnes âgées. Les livres sont alors rangés soigneusement dans les malles ou, pour les plus aisés, dans les buffets de salon, transportés, enveloppés dans un linge, par les plus jeunes qui en auront l'usage à l'école coranique. Car il y a là de bonnes raisons de lire et cette fois sans tourner le dos au groupe. Lire le Coran, seul dans la maison, ou sur le tapis de la mosquée, c'est encore être du groupe, de celui des croyants. Lire les ouvrages de commentaires ou de préceptes, c'est se former avec l'espoir de gagner en perfection et de toujours mieux satisfaire Dieu. Lire les versets sans discontinuer, c'est tenter de s'offrir l'extase mystique supérieure à toutes celles factices que le quotidien propose. Nul doute que certains y arrivent. S'il s'agit d'une pause de solitude, elle est naturellement sanctifiée par le groupe qui la reconnaît et l'encourage. Durant certaines périodes, des défis sont même lancés pour savoir qui parviendra à lire le plus grand nombre de versets coraniques. Quant aux chanceux, ceux qui, correctement formés, comprennent l'arabe, ils ont à leur disposition des ouvrages dans lesquels ils s'absorbent en quête de connaissance et dans le souci de l'au-delà. Ainsi, le livre et la lecture font bien partie intégrante de l'univers du Comorien, de manière inégale certes mais toujours dans la même dimension de formation et d'efficacité : légitimité au sein du groupe et souci de gagner le Paradis. On pourrait alors se demander, ce qui serait advenu, si d'aventure les pratiques de graphie du comorien en caractères arabes, qui ont donné lieu depuis longtemps à des productions écrites, avaient débouché sur une réelle production d'ouvrages en langue comorienne de graphie arabe. L'ensemble de la population formée à l'école coranique, en situation de lire dans sa langue serait peut-être devenu un réel vivier de lecteurs potentiels. La lecture pour l'information ou la formation aurait pu s'inscrire dans le monde naturel du Comorien, marquée par le groupe encore, puisque réalisée dans la langue maternelle. Qui sait alors ce que cette société aurait produit… Lorsque le livre occidental entre dans la vie du Comorien, c'est un livre étranger par essence, puisqu'il est écrit dans une langue étrangère. Pour la majorité, il est avant tout un simple outil, un outil d'étude tel l'abécédaire ou l'œuvre de référence du programme. Mamadou et Bineta du primaire, Le Cid du collège, l'Etranger du lycée. On en parle en classe. Plus on avance en âge, moins on a de chance de le posséder, de le toucher même. L'effort des parents, consenti pour les tout petits, ne peut durer dans le temps : les moyens sont rares, la bibliothèque est pauvre, la librairie inexistante ou mal achalandée, et les livres sont chers. Non seulement le livre est objet utile à la formation, et difficile d'accès, puisqu'il exige la maîtrise d'une langue étrangère mais il connote un autre monde, une autre logique celle de l'Occident, et plus encore celle du colonisateur. Dans ces conditions, c'est une véritable frontière qu'il faut franchir pour devenir lecteur. Franchissement toléré, s'il est motivé par le souci de réussir des études mais rarement pleinement réalisé ; franchissement suspect, voire condamné, dès lors qu'il est fondé sur le besoin de découvrir, de se faire plaisir en conduisant le lecteur à se laisser absorber trop longtemps par cet autre monde. Lire en pays de Lune n'est donc pas seulement une question de moyens, mais avant tout et plus que tout une question de posture. Les bibliothèques sont rares, et quand elles existent, les quelques livres sont poussiéreux, peu attractifs, abandonnés sur les rayons. Perçues dans l'inconscient collectif comme des espaces d'étude pour les jeunes, elles appartiennent à l'autre monde, celui des établissements scolaires, celui de l'Occident. S'il est vrai que les conditions naturelles, poussière, humidité, sont des contraintes lourdes pour la vie des livres et des objets en général, il est rare que l'effort d'entretien et de mise en valeur soit réel. Il en va tout autrement pour l'univers du collectif intime, et donc social et religieux, pour celui de la mosquée, pour ne pas le citer. Il semble admis que les ouvrages de bibliothèque ont vocation à être des ouvrages de récupération et donc le produit de dons ou de soldes ; leur intérêt ou leur beauté sont rarement interrogés. Les manuels scolaires, bien souvent de dernière main, auront donc toute leur place dans ces bibliothèques tandis que leur public sera naturellement celui des enfants et des jeunes. Quand des réseaux plus organisés prennent en charge certains espaces, ONG, Clac ou Alliance française, la pratique consiste en général à les pourvoir en livres depuis l'extérieur, le corpus se constituant en référence à des critères étrangers au milieu. Ceci étant, quelles que soient les contradictions et problématiques véhiculées par ces espaces, ils sont absolument essentiels. En effet, ils permettent l'accès au livre, son existence dans le village, et la rencontre entre cet objet et certains individus qui vont s'en emparer pour s'en nourrir véritablement. On s'accordera à penser qu'il faut une personnalité très forte et assez singulière pour assumer ce besoin d'abstraction du groupe et cette aspiration à voir ailleurs, suscités par la rencontre avec un objet tel que le livre. Et pourtant, ils existent, ces lecteurs passionnés et passionnants, qui circulent dans les rues ou sur les chemins un livre à la main. Portés par les expériences de leur enfance au contact de magazines ou de bandes dessinées, ils ont su en nourrir leur imaginaire pour rester à l'affût de toute forme d'écrit et peu à peu d'une véritable littérature. Ils acquièrent au gré des circonstances, études à l'étranger, rencontres au pays avec des expatriés, des ouvrages qu'ils lisent, relisent et conservent dans des lieux improbables pour les préserver des attaques de l'humidité, de la poussière et des malveillants, qui pourraient s'en emparer pour en faire des emballages de cacahuètes. Ces lecteurs qui ont l'art de passer leurs nuits à lire à la lueur de lampes, voire de bougies vacillantes - il faut bien continuer le jour à partager la vie du groupe - deviennent peu à peu de véritables gourous auprès des plus jeunes qui, à leur tour, auront ainsi une entrée dans le monde du livre autre que celle de l'étude scolaire. Certains peuvent aller jusqu'à monter ou animer des bibliothèques de quartier, transmettant aux jeunes leur goût du livre pour le livre, leur goût de l'écriture. Ainsi se reconstitue un nouveau lien social, une forme de partage dans la magie de la médiation. Le badamier devient alors le lieu d'un autre échange dont le centre est le livre, potentiel d'enrichissement personnel à nouveau porté par le groupe. Ils existent, ces lecteurs qui savent repérer sur les rayons d'une bibliothèque l'ouvrage intéressant et s'en emparer pour le dévorer. Ils sont là, ces lecteurs qui entrent dans une librairie et restent des heures à feuilleter les ouvrages, convaincus qu'un jour, ils en feront l'acquisition, capables de dépenser le peu qu'ils ont pour posséder le livre tant convoité, prêts à soumettre au libraire des listes étranges où se côtoient des titres originaux, classiques ou spécialisés. Chance pour eux s'ils trouvent en face une personne susceptible de répondre à leur attente et de commander les ouvrages ; sinon, il faudra faire appel à une connaissance à l'extérieur du pays, en France, pour espérer entrer en possession du livre qui se chargera ainsi de la magie du voyage. Car si le livre connote un autre monde, il vient aussi d'un autre monde. Cette contrainte de taille conditionne la naissance d'un lectorat à part entière aux Comores ; autrement dit, rend bien improbable une consommation de masse en matière de livre. Cette perspective s'éloigne d'autant plus aujourd'hui que le monde du livre connaît bien des difficultés dans l'économie mondiale. Il existe pourtant une maison d'édition comorienne, Komedit en l'occurrence. Pour autant, ses ouvrages ne sont pas imprimés et donc produits sur place. Ils doivent ainsi faire un long voyage pour parvenir aux lecteurs et trouver sur place les moyens de leur distribution efficace. Sans conclure hâtivement qu'une production locale serait moins coûteuse, ce que l'on peut facilement réfuter en raison de l'étroitesse du marché, des moyens nécessaires et des exigences de qualité, il est clair que cet éloignement engendre des contraintes et des coûts compliquant l'accès au livre pour un large public. Le livre s'enferme alors dans son image de produit importé, qui ne peut-être qu'un don ou le fruit d'un achat public improbable. Pourtant, l'acte de liberté que constitue l'achat d'un livre doit être revendiqué comme un aspect incontournable de la politique de développement de la lecture. De la même façon que le Comorien doit pouvoir s'offrir un mets à son goût, un vêtement qu'il jugera joli, il doit pouvoir satisfaire son besoin de lire, mais aussi son désir de posséder un livre neuf qu'il pourra sentir, corner, annoter et porter contre son cœur, autant de temps que la magie de la lecture voudra s'opérer. Aujourd'hui, alors qu'un bon nombre de parutions sur les Comores existent, tant en matière d'essais que de poésie, de théâtre ou de romans, voire de livres pour la jeunesse, il est urgent de permettre leur diffusion réelle et leur promotion à travers le pays. C'est un travail qui s'impose, et c'est celui des bibliothèques et du libraire. Les librairies sont rares aux Comores, comme dans bon nombre d'autres pays du monde, et bientôt, comme dans de nombreuses régions de France où l'existant s'éteint peu à peu. Cela est dû très clairement aux conditions qui sont faites à la diffusion du livre dans le monde, au handicap de l'éloignement, à l'absence de politique publique, en matière d'encouragement au commerce du livre. Mais il faut aussi compter avec la double nature du livre, qui exige d'être porté par la passion et la fascination, et que l'on fasse passer au second plan les perspectives commerciales pourtant essentielles à la pérennisation de l'entreprise. Cet improbable équilibre se réalise très rarement. Pas de librairie à Mohéli, deux librairies dans la capitale à la Grande Comore, deux librairies dont l'une est toute jeune à Mayotte, une librairie à Anjouan. Ceci étant, si l'on s'arrête à cette énumération, et si l'on tient compte de l'exiguïté de cet archipel, le bilan pourrait sûrement faire pâlir d'envie bien des pays d'Afrique ou d'ailleurs… Réjouissons-nous donc de l'existence de ces espaces potentiellement destinés à offrir l'accès au livre et à permettre à ceux qui veulent se former mais aussi aux "fous de lecture" de trouver leur compte. S'il faut reconnaître que certaines librairies peinent à sortir de leur statut plus proche de la papeterie et de leur spécialisation dans les ouvrages scolaires de rentrée, il est clair qu'il est capital de chercher à proposer un choix plus large au public. On constate que les parents sont en demande d'ouvrages d'apprentissage pour leurs enfants en bas âge. Comme s'ils pensaient pouvoir apporter leur contribution dans ce temps d'avant l'école, ils ont le souci de stimuler leur bambin, et on peut alors espérer que le contact avec ces ouvrages développera chez l'enfant un terrain favorable à la lecture. Plus tard, la demande se fait strictement scolaire, il s'agit de se procurer les manuels attendus par l'école publique ou privée. On reste alors sur des ouvrages traditionnels. Mais là encore, l'entrée d'un parent dans la librairie, pour acquérir cet objet ou prendre connaissance du prix, afin de se préparer pour cet achat, est une brèche dans la frontière entre les mondes, responsabilisant différemment l'adulte et, qui sait, donnant de nouvelles idées. Lorsque le jeune collégien ou lycéen vient à la librairie pour se procurer le livre exigé par le professeur, livre dont on ne connaît parfois même pas vraiment le titre, il importe que les livres soient là, mis en valeur, offerts comme autant de possibles même s'ils restent hors de portée des bourses ; le désir naissant, un jour peut-être, en se cotisant à plusieurs, en sollicitant l'aide d'un plus heureux… Et puis les adultes sont là aussi : intérêt pour les livres de cuisine, souci d'apprendre pour partir vers d'autres horizons avec les méthodes de langue, les dictionnaires pour la maison ; passion soudaine sur un sujet qui déclenche des commandes d'ouvrages spécialisés, nostalgie du passé avec le besoin de lire enfin un texte classique étudié autrefois, envie de découvrir et de comprendre avec un titre dont on a entendu une critique à la radio ou à la télévision, besoin de se former avec des ouvrages médicaux ou scientifiques, les demandes sont réelles et stimulent le libraire. Les parutions comoriennes trouvent leur place, à défaut de trouver toujours leurs lecteurs. On parle plus souvent des œuvres qu'on ne les lit vraiment. Heureusement, certains titres sont au programme officiel de l'Education Nationale des Comores indépendantes et l'on peut espérer qu'ils seront de plus en plus connus. Quoi qu'il en soit, il est capital que ces parutions comoriennes soient visibles. Car elles portent avec elles l'idée d'une écriture et d'une existence possibles dans ce monde que l'on s'approprie ainsi peu à peu. Le fonds de littérature francophone africaine, caribéenne, indo-océane, a toute sa place, dynamisé dans les Comores indépendantes toujours, par la présence d'œuvres inscrites au programme. Tout ceci est encore fragile mais bien réel, et ne demande qu'à être nourri. Et puis, il faut compter avec les "fous de lecture", ceux qui vont aider à enrichir le fonds par leurs suggestions et leurs commandes, ceux qui vont ouvrir les horizons avec des littératures nouvelles, pointues, et forcer le libraire à la créativité et à l'écoute. On imagine alors toute la potentialité de rencontres, d'échanges autour des livres, on devine la perspective d'une appropriation de l'espace par le groupe et la société, le rêve de la fin de la frontière entre le livre et le Comorien moyen. "On a besoin de livres, il nous faut une librairie !" C'est cette demande répétée, il y a longtemps, qui a déclenché la naissance d'une librairie. C'est parce que l'idée était essentiellement de faire exister les livres dans un espace, au prix d'un travail d'équilibriste pour ne pas mourir commercialement, que cette librairie a continué à vivre au fil des années. C'est parce que les lecteurs comoriens existent bel et bien, chacun dans ses aspirations diverses et dans son rapport à un monde complexe, c'est parce que les "fous de lecture" continuent à sillonner les rues et à occuper les places de village que les bibliothèques et les librairies se doivent de vivre et de s'animer toujours davantage. Qu'on se le dise et qu'on les y encourage ! Esprit de Lune en mouvement 2012 par roupiyashenda Diaporama de l'opération "Esprit de lune en mouvement", événement de promotion de la littérature comorienne dans l'archipel, qui a débuté à Limoges, en septembre 2012, à l'intention notamment des scolaires dans l'archipel.
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Published by MAB Elhad - dans OPINIONS
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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 10:44

Lecture-scenique-144.jpgDamir BEN ALI

Chercheur, Antropologue et Fondateur

du Centre National de la Documentation

Scientifique (CNDRS) des Comores

 

 

            Carrefour des routes millénaires, lieu de rencontres des grands peuples qui ont inventé les signes gravés sur la pierre, l’alphabet, le livre et plus tard l’imprimerie, l’archipel des Comores qui possède l’écriture et l’enseigne à l’école coranique depuis une dizaine de siècles, a choisi de conserver et de transmettre son patrimoine culturel le plus authentique, de génération en génération, par des modalités d’expression endophone. Il existe des hommes de la parole comme ailleurs des hommes de lettres. L’alphabétisation n’a jamais été dans un rapport conflictuel avec l’oralité. Dans ce pays, les deux domaines sont toujours complémentaires.

 

            Dans la couche supérieure de la société on maîtrise à la fois la technique de l’emploi efficace et productif de la parole et celle de la communication par la graphie arabe. L’aristocratie de la naissance, du foncier, de la parole et de l’écriture fournit à la communauté nationale, d’une part, les cadres religieux, les juristes, les enseignants des madrasas et les commerçants à longue distance et d’autres part, les princes, les chefs et les notables qui excellent en élocution originale, articulée de proverbes. Les détenteurs institutionnels de la richesse et de la puissance spirituelle sont les premiers dépositaires  et transmetteurs du patrimoine oral ; c’est donc en eux que la population lit les normes de la société.

 

            Ceux qui n’ont accès aux connaissances que par l’un ou l’autre mode d’expression et de communication ne sont que des employés subalternes au service des riches et des puissants. L’écrit fait vivre les maîtres du premier niveau de l’enseignement coranique, des guérisseurs et des charlatans qui vendent prières et des amulettes. L’oralité est la science des poètes itinérants payés par les particuliers, par les groupes  de parenté et par les associations villageoises pour animer les fêtes et les travaux communautaires ainsi que des groupes  de chanteurs-musiciens qui, avant la colonisation étaient aux service des princes.

            Les textes originels faits en vue d’être appréhendés à travers une relation directe de locuteur à auditeur présentent une assise structurée. Deux techniques  sont les plus couramment employées : la ponctuation rythmée qui consiste à utiliser l’accent de la fonction phonétique dérivant de la juxtaposition des tons sur chaque mot ce qui implique un choix judicieux du mot et de son emplacement dans la phrase, et la variation du nombre des syllabes exprimées dans la même inspiration, ce qui exige l’acquisition d’une parfaite maîtrise de la respiration.

 

            Le style oral est défini par deux critères : une trame à laquelle la mémoire de l’émetteur peut aisément s’accrocher et qui est auditivement  bien perçue par le récepteur et un contenu sémantique que la société valorise et suscite la conversation de la mémoire patrimoniale. La structure rythmée soutient l’attention et surtout facilite la compréhension pour le public ; en effet, face à la difficulté de saisir le sens d’un mot, l’auditeur n’a pas la faculté de revenir en arrière comme le lecteur  silencieux d’un texte écrit, pour rattraper le fils des idées. La référence constante aux proverbes et aux textes patrimoniaux est la preuve de l’authenticité. L’ampleur du répertoire et l’habilité avec laquelle on l’harmonise avec des situations précises est le signe reconnu de l’intelligence et de la sagesse.

 

            Les œuvres de l’oralité sont très souvent des poèmes  en vers libres déclamés ou chantés. Chaque étape du récit est marquée par une strophe. La poésie réside  dans l’emploi des symboles, et des images. Celles-ci sont fortement impressionnistes. Elles sont simplement suggérées et c’est à l’auditoire de les reconstituer car ce sont  le plus souvent des allusions historiques, des mythes, des noms de louanges et des titres d’honneur des personnalités et des lignages célèbres, des lieux symboliques tels que palais, places de cérémonies publiques et des champs de batailles. Il est indispensable de connaître la culture, l’histoire et la géographie locale pour les comprendre.

 

            La prééminence de la mémoire dans la littérature ne signifie pas la mise en dépôt des connaissances, ni l’absence de créativité et d’inspiration ; les thèmes de textes ne sont pas uniquement accrochés au passé, ils sont autant au fait de l’actualité ; le travail de la mémoire est essentiellement une tension vers le présent. L’homme de la parole s’inspire aux sources de la vie quotidienne, s’arrêtant aux qualités et aux travers des membres de sa communauté, de l’artiste lui-même et des animaux que les mythes et les contes ont traditionnellement retenu pour faire passer les principes de la morale sociale.

 

            Le poème ci-après est le plus ancien que nous connaissons actuellement. Il remonte probablement à une date antérieure au XVIIème  siècle et relate un événement qui s’est produit au XVème siècle, la destruction de la cité portuaire de Mazuni, ancienne capitale du Dimani rivale sur le plan économique et intellectuelle de Bandamadji la capitale du Domba. Le roi du Domba revennu d’un voyage qui l’avait conduit dans plusieurs pays musulmans et jusqu’en Arabie du Sud, en compagnie  de Mhasi Fe Simayi alias Mtwamuyindza, a pris la décision de combattre tous ceux  qui n’acceptent pas de pratiquer l’islam selon le rite sunnite de l’école chafiite. Aussi mazuni est détruit et la population se disperse pour fonder plusieurs villages et villes dont Moroni (Bambao mdja miro).

 

 

MAZUNI

 

Mazuni huka mdji wa mawunde

Hata ye ntsihu wa uwa mnadjumbe

Watso mzimwa na itswaguli

Wa mwandahanya nkongowo za mawe na nyadombwe

wamtra sondzoni la madjaya miwa

Wa somo fatiha ne wazilapva

Ye mdru  wendanizo mdjini

 

 

Pvahe mwenda na dzia hazirenge mivonyo

Hende hazambia wandru wa Pidjani

Zihohora zi sihi Bandalambwa

Owaka pvo Ipvundu ziwahondro

Izo raali Domba huli wandru tsidja lewo

 

 

Bingu lifungatsa mowo Mdjwazema

Lira dondo Zuda mazwa yadjaya

Hafungu mbo Mdamhuuni

Ye Domba ya Mwamba Mfaume

Wowontsi wandru wora katala

 

Pvahe motro mrarazi ngwendo nizo

Hende hazambia Djombwe mMazuni

Harengo wana no wananawashe

Hari ngapvo wahela Mtrankunidjuu

Ngapvo wenda Bambao madja miro

Ngapvo wafali pvodjuwa liheyao

Nge no watsenga Ungudja pvo sokoni

Walio Pate na walio Fumboni

Na walio Msumbidji mwa fumbu.

 

             Comme beaucoup des grandes œuvres anciennes, celle-ci est anonyme. Celles qui sont attribuées à des auteurs connus avec plus ou moins de certitude ne sont pas moins présentées sous des versions différentes selon les régions et les époques. Le texte original s’il existe est difficile à reconnaître parmi les versions actualisées et réactualisées

par les interprètes successifs pour capter l’attention de l’auditoire. L’artiste évoque  des problèmes de son temps et de son environnement immédiat qui, parfois n’était même pas imaginables à l’époque de l’auteur indiqué. Le texte oral est réactualisé pour relier des événements contemporains à ceux qui se sont déroulés dans un lointain passé et que l’on veut similaires. Ces rappels historiques permettent de créer des repères dans l’imaginaire collectif et aident à trouver des explications à des problèmes de la vie quotidienne.

 

            Les textes oraux proférés, déclamés, psalmodiés ou chantés dévoilent à la société sa propre identité, son histoire et son présent ; c’est une partie essentielle de son patrimoine culturel. Les villes et villages  ancestraux sont fondés autant sur une terre commune à l’ensemble des familles que sur un vaste  corpus de mythes, de légendes, maximes, des proverbes, des contes, des récits et poèmes épiques, des chants de méditation, de travail et de danses. Dans chaque famille, les enfants peuvent apprendre le récit de l’immigration dans l’archipel, d’un lointain ancêtre, d’un ancêtre mythique ou historique, connaître l’endroit où son boutre a échoué, ses pérégrinations dans l’île, ou d’une île à une autre, le lieu où il a construit sa première habitation et planté les végétaux qu’il a amené de son pays d’origine et introduit dans sa nouvelle patrie.

 

            L’unité et la solidarité d’un clan, d’un village ou d’une ancienne chefferie sont fondées sur ce trésor commun, qui exalte des exploits et des miracles d’ancêtres guerriers, talentueux ou saints, qui dénombre les lignages et expliquent leur rang dans la hiérarchie sociale. Les œuvres de l’oralité ont permis la conservation  dans la mémoire collective de tous les événements saillants de l’histoire locale, insulaire et nationale : la fondation d’une dynastie, l’avènement d’un roi, l’arrivée de nouveaux migrants, un conflit armé, une épidémie, une catastrophe naturelle et tout changement majeur dans l’organisation sociale, politique et économique.

 

            L’homme ou la femme de la parole (mpwa nyandu), présente son récit ou son poème oral selon une technique qui rappelle celle du théâtre. La récitation traditionnelle est un exercice verbal conventionnel qui implique la participation d’un public ; mais l’artiste joue tous les rôles ; il incarne successivement tous les personnages évoqués et décrits dans son récit. Les événements qui se déroulent  se situent dans la conscience  même du conteur et non dans un espace objectif et un temps minutieusement  structuré vécu symboliquement par l’auditoire ; aussi il récite, narre, décrit, procédant en même temps à une mise en forme et à une mise en scène des données mémorisées, grâce à ses dons d’acteur et à ses capacités de passer d’un registre à un autre.

            Les professionnels à plein temps de la communication par la poésie chantée se repartissent en trois catégories : les chanteurs itinérants, les mzinankubu et les manbahamwe.

 

- Les premiers louent leurs services à toutes les personnes qui organisent une manifestation publique. Ils sont à la fois poètes, animateurs et surtout biographes. Ils chantent des louanges pour leur hôte, pour les personnalités présentes mais peuvent aussi tourner en ridicule  les employeurs, qui ne se sont pas montré généreux ainsi que leur famille et leur village. Ils accompagnent des travaux collectifs en psalmodiant des textes qui portent sur l’histoire locale et dans ce cas, certains parmi eux sont capables de faire montre d’une très grande érudition.         

 

- Le  mzinankubu : (danseur de nkubu1) est à la fois un musicien, un historien et un expert en matière de droit coutumier. Il danse le nkubu sur les places des villages à la demande du roi. Lorsque la foule est danse autour de lui, il chante les édits et décrets royaux dans des textes faciles à comprendre et à ‘’ archiver’’ dans la mémoire collective.

Les charges les plus importantes  du sultanat, celles de vizir, de conseiller du roi, de gouverneur, etc…sont des apanages héréditaires des lignages ;   mais le roi, choisit parmi les membres du groupe de la parenté utérine celui qu’il nomme et peut à tout moment  le remplacer par son frère, cousin, oncle ou tout autre membre de la famille bien qu’il ne leur verse pas de salaire. Aussi lorsque le chant du nkubu retentit sur la place  publique on se précipite pour savoir si l’on n’annonce pas un mouvement du personnel dans l’appareil politique du sultanat.

 

 - Les manbahamwe : forment une troupe  officielle de danseurs et musiciens vouées au service du sultan. Les paroliers sont des polémistes particulièrement redoutés pour leur habileté à tourner en ridicule les adversaires de leur prince. Ils sont recrutés dans la population servile et peuvent donc recourir à un langage ordurier qu’un homme de la bonne société ne peut employer. Ils dansent l’igwadu²   en jouant aux tambourins. Ce genre musical alterne les figures très complexes et acrobatiques de la danse avec des pauses pendant lesquelles, assis sur deux bancs en bois, l’un en face de l’autre et tenant le tambourin contre la poitrine, les musiciens chantent à tour de rôle les nyishades. Se sont des poèmes psalmodiés interrompus de temps en temps par des refrains chantés en chœur.

Les manbahamwe glorifient leur prince, mettent en exergue ses actions, celles de ses      ancêtres et chantent des satyres contre ses adversaires

 

            La période allant du XVII è siècle au début du XIX è est marquée par les incursions sanglantes des pirates européens d’abords, et malgaches ensuite.  Tout le long du XIX è siècle jusqu’à la fin de la conférence 1885 sur le partage de l’Afrique à Berlin, les grandes puissances coloniales rivales, arment les princes locaux qui entrent en guerre les uns contre les autres pour s’emparer du pouvoir ou pour le conserver. A partir de 1886 l’instauration du régime des protectorats ouvre la période des guerres de résistances aux corps expéditionnaires français et aux exactions des colons.

 

            La littérature orale s’est enrichie d’un nombre important de textes crées par des témoins oculaires des événements et qui constituent une source importante de l’histoire politique, sociale et économique de cette époque. Les œuvres sont en majorité des poèmes déclamés ou chantés. Elles sont le plus souvent composées par les membres des cours royales : les vizirs, les guerriers et les poètes professionnels. Elles rapportent les actes de bravoure des soldats, les stratégies appliquées  par les princes et les chefs des opérations militaires, les alliances, les ruses et les trahisons. Elles montrent la détermination et la témérité des sultans et des grands guerriers face à l’ennemi extérieur, les armes à leur disposition, les conditions de vie des hommes  sur les champs des batailles et à l’intérieur des villes assiégées.

 

            les épouses ds princes, des vizirs et des combattants qui perdent aux combats leurs maris et leurs proches parents ont laissé des élégies célèbres. Les plus souvent citées sont composées, l’une par une femme de Ntsudjini, Fwahamwe Athumane, une des épouses du sultan ntibe Msafumu en 1867 et l’autre   par Zema Bwana, épouse d’un ancien gouverneur de Dimani sous le Sultan Said Ali, à la mort de son fils Masimu en 1915.

 

Shanfi ngozidio itswa hundrwa   

Woyi ngwandzo djanahana lindrenge

He mnyangwi wadja pvontsidune

Ngwandzo djudi lirenge msindewangu

Hudja ngonuziso waredji wangu

 

Bo mnyawe owalezi wanlapva

Bo mnyawe tsina mkaribu mwangu

 

 

Utsi nivaliye bonde dja tosha

Utsile mafa mwendza shonga ya hala

Nakana hirizi ya amani nami

Pvoko neyifunga tsiri sera tsiri djini

Nambosi kanipvoho

Tsikana daho la washiha ndro

Nelindjia tsiri sera tsiri djini

Na mbosi kanipvoho

Lelo lirendeha dzizi la watrotro

Wenda nandzia  ngwanibaliyawo

 

 

Utsi nizidiye itswahundrwa

Utsi nizidiye zilo muyoni

Utsi tsonge djanahana linirenge

 

Woyingwandzo djudilinirenge msindewangu

Batsikana dhahabu ya mbebe shenda

Yende Mbude yitrala bandadjuu

Nami mwinyi tsidji hwenda na renge

 

Namba ruwa tsi dundjihe

Namba daza tsi kiri

Ba madji ya ulanga karahatsa uso

Ya nkuba kamaza walilawo

 

Abu ye mnyangwi yandra dandzi

Yizo zi rendeha mbondzi zi mfunge

Yizo zirendeha ndrongoo adjali naye

 

He mnyangwi wadja pvotsidune

Lila ba kudjambwa uruwe

Tso dohamba we ushindo

Amba we ulona ntsaya zohuva

Amba bo  mbiyapvu ulona dji

Ba mipvangu enge ngamshindo ndjohamba

 

 

            Fahamwe parle à son bébé Shanfi Msafumu qui n’avait que quelques mois  quand son frère Bwatamu Athuman  vient de mourir  au combat à Mandza dans le Mbude contre son mari. En effet Bwantamu a pris les armes contre son propre sultan qui n’est autre que son beau frère.

 

 

            Quant à Zema Bwana elle s’adresse, elle aussi, à son fils Dafine par un monologue. Elle porte le bébé de quelques mois dans ses bras quand on est venu lui annoncer que son fils aîné, Masimu, le chef de la rébellion du Dimani est mort au combat  contre les français avec deux de ses principaux lieutenants, Mtsala  qui fils de Ina et Hamadi Patiara fils de Ntsohole deux autres mères sont des amies de l’auteur.

 

Woyi Dafine  idjundu shahara

Hudja sha kudjanundra na sambi

Kudja nundra na ngoma ndremao

Ba tsikana mwezi wa bashia ndro

Utrubuza ulilwa madjidjuwuu

Shawe shambahabari shaho wa hanwa

We ntsalia zaho walala samba

 

 

Bahi yentsihu ye nkodo ya heya samba

Fumbu lipvo liwudza ngalidjayawo

Na ufuwantsi wadja undrenge

Tsendo dzuba tsambwa ntsi dzube

Ba mitsina fuu djema la bahari

Tsi dzubu ngarileleso na fumbu

Pvadjuha dudja liwudza ngalidjao

Na ufuwantsi wadja undrenge

 

Nami na Yna sindo ranwa handani

Ntsohole hangamila hoceroni

Nano waribelia wano fumbu

 

Ye tsi la lawo yeli naliyawo

 

Zinu ha namba hale Fe Mahame

Hanamba ra yedjenda mdjini

Hamba ye lala lesiwa ngalirengwao

Ngazidja nge tsamawo mbushi

Ba ramrumwa raya wumbwa mungwana

Wo wontsi ngwa reshwao Burubwa

Wende wake mshaharani ha wa manga

 

Ye tsi la lao yeli na liyao

 

No yeka mbongoma ureme ntsi

Inyao nge sao ngozini

Ye tsi lalao ye linaliyao

 

            Pour conserver leur fonctionnalité, la plus part des textes oraux  doivent être sans cesse actualisés par la voix et par un public réceptif. Or le système éducatif actuel n’enseigne pas les grandes épopées  et rend difficile sinon impossible la formation ‘’ des hommes de la parole’’. Jadis l’oralité faisait partie intégrante de l’éducation formelle, celui des écoles coraniques, des mosquées  et non formelle, celui des places publiques, des catégories d’âge et de toutes les organisations communautaires qui accueillaient les jeunes. On y encourageait  les plus doués à entrer en contact avec les spécialistes pour être initiés car  c’est un art pratique et une technique qu’on apprend systématiquement. La formation commençait dès l’enfance quand le vieux de la famille assis dans la cour écoutant les enfants, mesurait leur degré d’intelligence et repérait celui qui devra le succéder. La compétence se juge à l’habileté de l’orateur en public.

 

           

            Actuellement toute référence à la sagesse ancestrale heurte la sensibilité des « intellectuels », ces fondamentalistes de l’héritage colonial qui, chacun à son niveau dans les appareils administratif ou politique se considèrent comme un missionnaire de la modernité.

L’effort accompli pendant les deux premières années de l’indépendance pour insérer l’oralité dans les mass média est abandonné malgré l’immense succès populaire  des émissions sur les œuvres orales réalisées par Radio-Comores.

 

            Le système éducatif comorien est extrêmement extraverti. Il tue dans l’œuf tout désir de réintégrer les richesses de la sagesse ancestrale, de réhabiliter une littérature orale qui est par nature sociale et communautaire  et de promouvoir  un art oratoire, qui est la forme d’expression artistique la plus authentique de la population comorienne.

 

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Published by MAB Elhad - dans OPINIONS
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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 11:13

Pour une poésie qui ose dire son NON ! (5)

http://www.comores-online.com/mwezinet/poesie

Ye dje pouet pouets,

Son excellentissime moi, ss, sans complexe, revient vous faire iech avec mes histoires de poésie décadente, impulsive et hautement inutile mais sans doute nouvelle et engagée dans la destruction de la tradition coloniale. (Bon ! ça va ! ! ! !).

Kwa ? Tschhhhhhhhhschhhhhhhh!

Hayizo, nous continuons la promenade dans l’archipel de la désolation : Vous vous rappelez que nous avons abandonné un vieux mohélien dans la pénombre d’une case où un Sukurubu vacillait sous la naissance d’une nuit fraîche???? Il disait la reine djumbe fatuma étranglée d’amour par Lambert l’aboyeur, mangeur d’Ilali…..

Mpavandzi Gupango Pandzi (suite)

Extraits :

" … Deux jours durant en son alcôve, la reine recluse, priait le bon Dieu, pour reconstituer le sang volé, violé, étiolé en gouttes rouges sur des draps de soie importés de Brive-La-Gaillarde.Qu’Il pardonne ces instants de frayeur et d’extase dans les bras de Lambert le Hobereau, bourreau des cœurs des jeunes filles arables. Paraît qu’elle jeûna 2 jours durant, sans jus de goyave jaune soleil, sans thé à la cardamome, cayi (tchayi) des puissants et malabars de Goa.2 jours à sentir monter le crépuscule d’une pression entre l’histoire et son corps d’ébène attentive. Puis, elle renonça et s’ donna à nouveau et les chiens aboyaient , dans leurs gueules, le pavois BBR (bleu blanc rouge) recouvrant la gadoue et les girofliers à perte de vue.

La reine dit-on s’est rendue à l’ennemi sans combattre. La reine repue sous ses froufrous rances oublie l’île qui s’enlise dans la vase coloniale. C’est ainsi que l’ colon pénétra plus loin à l’intérieur des hautes terres….

Des hautes terres de Mwali, les mornes semblent des seins de femmes. Certains brûlent en terrasse, se coiffent de cocotiers, d’autres dévalent, s’entrelacent, s’embrassent, s’enlacent et d’un fiévreux baiser, n’en font qu’un.

Aspérités d’une île !

Mwali !

Des hautes de Mwali, la mer fait place à un horizon rouge sang constellé d’étoiles curieuses. Un feu d’artifice, se noyant dans l’eau et des sentinelles du voyage découvrant le chemin à faire. Je prends la mer, du point zéro de kapve hwani !

A chaque ondine bue par la Galawa, mourait une étoile et chaque étoile derrière moi, me rapproche du même ciel, le Nord , et ,on sait les étoile mourir en beauté.Ca fait des étincelles wanyawe !

Où suis-je ?

Là-bas !

Je suis là-bas !

Ngazidja !

Tsasi !

Ridja !

Kwezi !

Le feu que je vois est un souffle de Bazooka aux nuances du coup d’état ".

Nkodo bo nkodo !

Pause caca, les gars ! Notre voyageur dégoûté est en train de creuser un trou pour ses besoins, caché dans l’anse de l’île "Trou du prophète"

La suite ?Bientôt !

Quant à moi, ss, je suis condamné à l’ombre des morts regrettées et avant que le jour ne se lève, je file dans ma case d’ossements.

Vive le Rwanda !

SS

kato wrote:

Salut les gars et les filles (quand même !)

Résurrection :Sadani 1, scène tombale

Vous en faites pas , compañeros, je suis toujours mort, depuis " Mpvandzi gupango pandzi ".Je le sais. But, c’est bizarre !Il y a trop de noir dans ma nouvelle case. C’est pourquoi que je suis venu vous le dire sur bangwe-comores :La mort est inacceptable ! Puis, j’ai oublié de vous préciser (c’est ça), qu’y a des gonzes qui m’ manquent :Y sont comme morts, pourtant y sont pas au- champ- des- troncs avec moi ! Vous voulez savoir qui ?

Zarane Blère, Zarouki Bouchrane et Swadicki. Putain qu’y me manquent ! ! !So, décidé, j’ vais vous les chercher.

Merde, !Trop de terre. Je suis dans ma tombe.

 

Sadani 2, scène d’évasion

Hop !Je me dépoile et secoue la poussière. Je me lève et me cogne le plancher des cabris. Je récite Ash-had anla illaha illallah wa ashad anna…….(zut alors ! y a du vieux bois qui craque). Je perce la terre et me voilà parmi Vous !

Yyyyyyyes !

Sadani 3, présentation

Comme j’ai pas beaucoup de temps avant le lever du jour, les morts ont peur du soleil (les morts sont des vampires décharnés…..Hin Hin hin….grrrrrrrr), j’ vais vous ramener, Zarane, par exemple, un gros naze de sang et de connerie. Au moins, on s’ marre avec lui. A moins qu’il ait terminé son livre (ha ha ha !) et qu’ y soit à la correction (ha ha ha ) et qu’y dise qu’il a pas le temps …..(ha ha ha !). Ou swadicki, pour qu’il casse du sucre sur le dos de ceux qui nous brisent les os (pour pas dire un gros mot-" les noix ").Pardon !

Quant à Zarouki, depuis qu’il s’est multiplié (comment ?) , et qu ‘y s’appelle Zarouki 2 , il essaie de se désabonner (mourir) tous les jours (hi hi hi).Je lui réserve un particulier sort à celui-là.

J’ peux dire une autre connerie ?

" Faut virer les cons solennels en BMW noire et les casseurs d’ambiance en turban des bangwe "…en remplacement, Zarouki, Swadicki , Zarane et mimi , ss, serpent à sonnettes et cadavré en rébellion.

Interlude de déconnade , scène finale

Une petite charade les mecs…..j’ai envie de rigoler vraiment.

Un colonel con de la coloniale

C’est mon premier

Mon deuxième

Est un couard

Mon troisième

Est un coup d’état

Mon tout est Tout et son contraire

Qui suis-je ?

Allez savoir….sous les alizés ! ! ! !

La prochaine fois on sortira la grosse artillerie, sisters And brothers !

Cia ciao les vivants!

ss

 

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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 11:03

Pour une poésie qui ose dire son NON ! (3)

Salut les gars,

C'est bien!L'ambiance est apaisée sur les bangwe, plus d'insultes ni trop de conneries (enfin, je m' comprends).So, fidèle à lui-même qui est moi et sans trop de fioritures, nous abordons la phase 3, de notre expérimentation littérarigolo. Sans perdre de vue que des choses parfaitement justes sont contenues dans ce déversoir noctambulistique, hic ! (bikoz, when j'arrive pas à bien m' pieuter, mi tsodo babuha).

("Tsodo", qui peut m' parler de cet invariable de la langue
comorienne? Un linguiste!Un linguiste!) En dépit des p’tites plumes médisantes et jalouses de la portée decette éloge critique et ludique, we go!.
Eloges ?

Ouais !

Le souffle qui fait passer de l’apprentissage à la création.

 

Du mythe obsessionnel au suicide collectif, (c’est ça ?) Nous avons pu voir, mes potes , se développer une littérature comorienne axée sur des postulats poids plume, les événements politiques et, surtout identifiée sui generis par l’absence de : Style, idées, lyrisme, beauté particulière et dénuée de la moindre poétique. Elle est réactionnaire et didactiquement régressive! Pas de kwa s’remplir les sens.(l’ouie, la vue, le toucher, l’odeur des mots -j’aime ceux qui tuent et qui puent -). Lecteur assidu et des meilleurs (attention les chevilles), ma déception fut immense, mes yeux m'ont réclamé des indemnités de sujétion et moi-même comptais porter plainte contre l'éditeur ou exiger le remboursement de son coût en bières à l'ami qui me l'avait prêtée. M'enfin, on a les débuts qu'on peut ! Coup sur coup, les autres ont suivi dans le même registre, les thèmes du premier, la politique, l'archétype du comorien social, l'univers et l'imaginaire du bled (sans quoi ça valait pas la peine), les us et coutumes, l'amour contrarié, l'amour interdit, l'amour négocié, les affres de l 'immigration, le doute des identités. On dira qu'on tient là un mythe littéraire obsessionnel et collectif. Très bien.Ca c'est pour le roman, genre que je dédaigne beurk!beurk! Sauf lorsque les anglophones africains, Ben Okri, Amos Tutuola, wolé Soyinka….s’y mettent. En attendant le coup de gong d'une qui sera cataclysmique au bled! Dans la poésie, entre la mise à contribution des vibromasseurs et la sollicitation des astres au sud de l'équateur, nous sommes restés aussi aveugles des cyclones potentiels et des coups de tonnerre nécessaires, pour que la beauté se dévoile et dévale les mornes jusqu'à la mer. Comme une éruption karthalesque. Obsédés du banal, nous ne savons rien lire du mystique caché dans la banalité des crabes palmistes, du mystère enveloppant la carapace du caretta carreta (notre nyamba à la délicieuse chair , aux œufs fermes et onctueux en bouche, cuits en papillotes dans une feuille de bananier humidifiée à peine à l'eau de mer). Hummmm! D’ailleurs nous allons faire une pause, un interlude de Radotages sur le reptile chélonien: Comment chasser un nyamba (Dusi), qu' a surfé la houle, plongé dans le lagon, traversé la barrière écumeuse, nargué quelques squales et labouré le sable pour y déposer ses futurs ex-bébés sur une plage chauffée aux effets de notre belle lune et aux ferments du caca crépusculaire? Meurtre, mode d'emploi:
1. Passer par hasard le long du littoral, vers 3 heurs du matin,
après avoir ramené sa belle clandestine, jusqu'à 100m de la case familiale.
2. Se laisser surprendre par un bruit bizarre (la tentation de
prendre les jambes à son cou est la plus forte, c'est peut-être un djinn à cette heure ci) néanmoins garder son calme d'homme qui vient de le prouver (!!!) en jetant un regard furtif du côté de l'océan (non, c'est pas djinn bahari).Une masse presque immobile gigote en poussant des plaintes à déchirer le cœur d'un mercenaire (élément du mythe obsessionnel).
3. Chouette:De la viande fraîche gratos, nous réjouissons-nous !

4. Courir réveiller son p'pa, s'il est pêcheur ou potes, s'ils ont le hudu! Au retour, faire attention, car la bête se prépare à rejoindre sa famille en haute mer et s'rend prestement compte, qu'y en a qui en veulent à sa peau.
5. Pendant que les uns déterrent les joyaux ovipares (madjwayi) et
songent à un festin d'insulaires, les autres doivent choper la mère par les bras et les jambes, en évitant les baffes que la dame a tendance à distribuer à tire-larigot, la retourner violemment dos sur le sable, et lui flanquer quelques coups de godasses sur les côtés, pour se venger d'avoir été réveillés si tôt ou si tard, puis chercher une corde ( Souvent, les pêcheurs les abandonnent dans leurs pirogues pour l'ancre ou le harpon du matin, du midi et du soir).
6. Comme la tortue a une petite tête qu'elle protège en premier, la
seule partie de son grassouillet corps dépourvue de blindage, il est conseillé de la ceindre par les mabawa de derrière, entrelacer par un nœud quelconque les 2 bouts de la corde , et parvenir jusqu'aux mabawa de devant , en serrant le plus fort qu'on peut, pour éviter que la saloperie s' défende. Sinon , raclée de pompes. Elle se calme généralement.
7. A 2 ou à 3, traîner Dame nyamba jusqu'au bord de la Nationale et
vérifier qu' un hospitalisé économe du trou-à-merde et, tenaillé par les roucoulements désordonnés d’un mets non digéré, n'ait pas pensé à venir décolorer la plage à cette heure-ci.
8. Coup d'œil à….droite, … gauche, psss, personne!
9. On z'y go! L'affaire est dans l' sac, direction: La vala.
Tirée le long d'une rive à une autre, c’est-à-dire quelques centimètres de chaussée, la tortue glisse à nouveau sur le bitume au ras du muret d’un cimetière, jusqu’à la vala ! Cette fois-ci contrainte et forcée . Je vous passe les détails du martyr de la tortue en train de se faire déshabiller, sans autre forme de tendresse, qu’un pucari des plus efficaces, qui perce d’une pointe stridente les flancs du reptile, une peau épaisse séchée d’embruns calcaires, vulnérable quand même, se déchire:CRRRUFFF. Oh, mais…SlaaaSh!!!, le couteau s'enfonce dans les interstices du flanc gauche, en partant de la poitrine vers la queue, puis va chercher en profondeur jusqu'aux limites des intestins. La bête gueule un peu mais saigne à peine. Le but de la manœuvre consiste à lui ôter la poitrine du reste du corps. Les tortues ne pissent pas l' sang à chaque vaisseau coupé. Elles sont trop grasses et ne ressentent la douleur que longtemps après. C’est pour quoi que la chair est bonne. L'essentiel, c'est que vous aurez de la barbaque pour 4 jours si vous soudoyez les voisins, sinon, pour 10, si vous êtes radins et détenez assez d’arguments désarçonnants face aux gendarmes, qui, en vertu de certaines résolutions votées à l’assemblée des Nations unies et à l’unanimité, moins une voix (la mienne), protègent la tortue contre les malfaiteurs de notre espèce, bande d’individus ne nous rendant pas compte du tort que nous infligeons à l’humanité, de la douleur que nous provoquons aux âmes sensibles, ne réalisant certainement pas, à quel point sommes-nous ingrats envers l’Amérique, l’Union européenne, cette France généreuse, ne manquant point de nous expédier d’autres mabawa de gallinacés cendrées, des carcasses de limousines, salers, normandes, Aubrac, blondes d'Aquitaine et autres corned beef sans saveur. En contrepartie, pas bouffe le Nyamba ! Une autre alternative est possible: Proposer aux deux gendarmes que les mesquins voisins ont mis aux trousses de votre boucherie marine, 3 kilos chacun…. Ca marche toujours, sauf que quelquefois, ils exigent une vingtaine d’œufs en plus. Mapvaha msiru !
10. En bon musulman, il est recommandé de restituer le tout, comme à
l'origine "tu es né djwayi, tu redeviendras djwayi". So, en hommage aux œufs, creusez un trou à l'endroit même où vous les aurez cueillis, assez profond pour éviter les effluves odorantes, puis, soulagez-vous. Avec un peu de chance, et si dieu le veut, notre repas extra se réincarnera en ange bienfaisant et aveugle, pour qu’il ne vous reconnaisse pas demain le jour de la fin (maudu nts’wa kiyama). Sinon, gare à vos fesses.car Mabawa ‘urema'pi (= trois 14 équivalents à Karembeu(42)!!!!)
11. Si par malchance, un effet de turista accompagne ceux qui auront
trop bouffé de cette succulente substance noire -marron vert, toujours selon les édictions divines, plongez dans la mer, à marée haute, comme si vous étiez un baigneur ordinaire, éloignez-vous des attroupements des nageurs et là, ouvrez les vannes!!!!. Pis, tout simplement, évitez la marée noire en nageant avec aisance, en brasse, le papillon, le crawl, sur le dos, loin, loin du périmètre des Bermudes Je vous jure qu'ainsi, la tortue retrouvera les vertus de la matrice saline... Ca va ?  Donc, servis par une poésie qu’ose pas dire son Non, nous obstinons à faire les choux gras de cette foutue méthode poétique françaouie, dans le strict respect des normes AFNOR de l’Académie française dont les Larousse, les Robert et autres écrevisses répandent depuis l’école primaire, le sens de leur monde immédiat qu’est pas vraiment le nôtre. On est d’acc, doc ? Nous partageons le français, les pouet, c’est-à-dire que nous avons une langue en plus, beaucoup plus éloquente sous nos doigts que les règles propres à une autre langue. Comoriens, nous parlons le shikomori et sans être français, nous kozon comme eux, les gars ! Faut montrer qu’ils peuvent pas écrire comme nous, pour nous, sur nous. Bien que l'activité poétique ne s'impose pas uniquement par l'opposition ni par la compétition, la moindre des inspirations irait donc élaguer de l'arbre des imaginaires universelles, les branches qu'ont pas de signifiant logique dans notre monde petit, pour transplanter à la place/ transposer, le ramage des filaos, les épineuses inflorescences du caïlcédrat, la nodosité de la plante à henné , le fruit oblong du fromager (qui s' gonfle de vide volatile)et la fougère grimpante des vieilles demeures abandonnées. Nous avons l’avantage d’être d’un pays et de plusieurs langues. On n’est pas chauvins, nous et, nous devons le prouver. A défaut de quoi, en refusant d'arroser la poésie de notre semence originelle, nous la condamnons à porter le lointain formalisme des autres, sur des épaules vouées au raidissement et à l'approximation. Nous nous suicidons sur l'autel du françaoui. Of course, la métrique Hugolienne et les élégies Lamartiniennes n'ont pas les mêmes inflexions eu égard au rythme ample , étiré et brutal de l'oralité insulaire. Ouais, c'est ça, l'oralité! Ecrire de l'oral et des râles sur le cuir omnipotent d'une langue apprise: Métisser le vers, la strophe, le verset surtout (elle se prête merveilleusement à not' parlé), rendre sautillante comme un cabri une langue titillée par les enjeux et l'enjouement de not' propre métissage racial et culturel. Mais attention, pas d'"exotisme facile"

"… Sitôt si loin de moi, à ta rencontre je pars, pour mon tourment
apaiser
D'être trop proche de toi, orphelins de nos souvenirs
Tes mains, mabele,
Je les vois,dans le noir
Tu le sais,
Tes yeux,-oursins
On dirait,
Rognent le cœur
Tu l'fais exprès
Amma, j'endure tout
Ma sœur, mon amour, mon exil et ma faim….
Sa'bwe roho, sa'bwe nafusi, Sania…
Et les angoisse de minuit
Et le cauchemars de midi s'imposant contre vents et marées, drainent
insensibles les regrets des corbeaux
A la blanche encolure d'une mort étrangère…. ".Salops d'uhlans,
pourritures de soldats de misère!
'Shari sha shetwani na shende shungu hau shongo dunda! Shetwani,
c'est Dédé-le- renard-shonga (et je suis poli!)
Nous avons des dettes envers not' langue, envers l'arabe, envers l'anglais pour certains, envers le kiswahili et envers tout livre
ouvert et, ayant apporté à notre sensibilité ce petit frisson de la reconnaissance. Pour ce faire, le seul usage du françaoui n'est pas signe de souplesse ni de gratitude pour les autres, pour lesquelles nous sommes aussi débiteurs et créanciers de langage:Yes, l'autre mal aimé de Senghor, reprenait… Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris (comme nous aussi effaçons les dettes de nos débiteurs…). Bon app'!Yes! "menge deff, Ekaro Senghor?" "…Menge' fe'reke'!" Marahaba! Continuons! Il importe que cette poésie voyage, peste et fasse des siennes, il importe qu'elle soit patchwork coloré, empruntant à W.Wiltman, un chant d'herbes, à Khayam, un rubbaya, à Verlaine, un juron, peu importe, si seulement, elle reste dépositaire d'un engagement pour le meurtre des mauvaises habitudes déclamatoires. "Mtsaha sha mvuvuni unyama", il en va de tous les efforts pour porter aux nues , une poésie comorienne, qu'en a marre de l'onanisme insulaire! Allez, on fait une pause, on suit les élections et dans 2 mois, on attaque, mpvandzi gupango pandzi. Après, vous entendrez plus parler de oim (je me suiciderai).
ss

 

Pour une poésie qui ose dire son NON ! (4)

Youhou, les poètes !

Nos chefs sont en place. Les cons ont pris le pouvoir, " on " continue la rigolade, les gars !

On s’roule dans les mots, les mets incertains à épouiller la parure linguisticoloniale et dépouiller l’héritage françaoui de ses pesanteurs, microbes et cacas mêlés au présent d’une démarche révoltée. On refuse le passé justement ,repassé en boucle par la méthode des vainqueurs. Que dis-je, on refuse pas on récuse les sens carrés donnés aux mots, les mots des autres qui s’ querellent en " on ".

On en est à la déclamation instinctive de nouvelles règles poétiques :

Mpvandzi Gupango Pandzi !

Bien sûr, tout ceci n’est que le fruit du voyage dans la langue et les langues de l’Archipel. Voyage qui porte Mpvandzi sur un océan quadrilatéral, dans une odyssée effrénée, à la rencontre de l’Histoire, des Populations, des lieux, des gonzesses reduites à l’archétype d’une Sania confondue parmi des " bordels aux lumières bleues " de Mayotte au " palais silencieux de la soumisson où une reine-enfant ouvre ses jambes à Lambert aux couilles friables de corail mort ", en passant par " le dortoir des tortues vertes, Bimbini, en ses agaves ensanglantés, au sang bu par des milices ivres ", jusqu’à " Ngazidja, lieu des sultans, des grands comoriens, grands pour rien, mais fiers de compter sur la place de l’indépendance les morts d’une guerre civile, avec alacrité en jurant l’index à la gorge … " au nom d’Allah et des Mapinduzi risibles.

Haya !

Extraits :

…. Elle flotte Mayotte hippocampe dans son armure d’algues
Le corps dans le lagon et la tête dans la Tour Eiffel
Elle squatte les esprits qui grouillent d’immondices
Sur les bords de corniches, les bordels aux lumières bleues
Elle flotte comme une sauterelle boit dans un trou ciel
Boit à tout va, s’enivre et vire en blanc para
Puis se pose sur une ipomea pes caprae et s’ fait bouffer
Par un corbeau à la blanche encolure



Bako
M’interpelle un enfant aux yeux sphériques
Si gros qu’on les croirait anse de pirates ou ballon de foot
Il avait le ventre de la miséricorde et des rides d’adulte au milieu d’un sourire
Msafara wa Farantsa hau utsi tembeya tu
Je lui dis le sens du vent et le périple en archipel
" Je viens de l’autre côté de la mer, petit
Et je découvre les îles à saute vagues
J’ai vu entre Raya et Mamudzu, petit
Des kwasa kwasa
Remplis d’ mômes de ton âge aux yeux exorbités de poissons morts
Flotter vers l’horizon,
Le savais-tu qu’à marée haute l’écume s’alourdit de ventres creux
De mères accouchant mille doigts de corail rouge
Qu’avant la rade de la petite île la barge broie
Les noyés que les fonds n’ont pas enseveli
Wanyawe
Ils ont tous râté le rendez-vous du paradis
Les leurres d’un paradis meurtrier
-le paradis n’existe pas, c’est l’enfer qui s’ pose des questions-
A Mayotte ma hutte ma honte
" je suis encore aux jeux de plage



Bako
A tuer les saxicole pour appâter l’orphie et la carangue
A traquer la gobie sauteuse pour en faire un élevage d’espoir,
Je ne sais ce qui se trame en haute mer que par les feux des cargos grossiers
Qui pissent du gaz oil dans les abysses d’iode
Je ne sais qui rame pour la survie ni pour le loisir



Bako
Je suis un enfant et on m’a appris la haine
Mais il paraît que la roche millénaire sent la bière
Que mon île est une femme
Les seuls seins qui lui tombent sont des bouts de canon au charme douteux
Bienvenue à Mayotte ,
Dîtes à la mosquée du vendredi que vous venez de ma part,
Je suis le fils de l’imam et de la marchande de poivre
Mon nom est Mnapatiara
Je sais cela, monsieur, mon nom est Mnapatiara"
Elle pleure elle pleure Mayotte dans le cœur des poètes.


II
Au naufrage des îles, les squales doivent une fière chandelle
Les corps prisonniers des passes n’exhibent point de passeports
Et c’est d’un banquet de jours fastes dont rêvent les herbivores
Ecoeurés
La barrière de corail est une autre frontière
Les miradors qui surplombent les cervelles une autre affaire
La douane aux accents de Carcassonne un autre malheur


III
Omwiyano wa mahaba nde bahari
Comme dirait un roi malgache parlant de ses rizières
La mer s’arrête où commence mon amour
Ainsi je viens à toi, armé d’histoires et de légendes
Fils illégitime né dans le trou de la géhenne
Du roi Salomon et de la reine Balkis
Je jette l’ancre au bout d’une cordelette de fibres cocotières
L’enfant court et se met à creuser le sable,
Le soleil siffle de ses lames au zénith
Me parviennent les mélopées languissantes d’un muezzin enroué
Je me mets alors à chanter en attendant une seconde marée :
" Mpvandzi de upango upanga
A l’assaut des roulis owahatru est déjà fourbi
Il scintille d’étoiles rebelles
Il transpercera le cœur de la légion
Dans un champ de sable
Sur un feu de camp "
Pendant que les bateaux au loin qui déchirent les amours fuiront, fuiront la furie de
Mnapatiara

……………………………………


IV
Tsihale
Hala hilele
Les vents m’ont poussé jusqu’à Mtsangamoudou
Je me nourris de capitaine et bois du sel
Sur le rivage des gendarmes ignorent le sort du perroquet et des einoches
Moi seul sait où iront mes prochains coups de pagaies
A la tombée de la nuit, je m’endors et voilà qu’on chante
" Hayilele Hoya !Hayalile Hoya "
Mwali d’un battement d’îles s’offre à l’aube.
Un exocet en détresse cogne ma tempe
Excédé par l’obstination de l’espadon
Il frétille dans ma galawa
J’ y pose un pied et rame rame
Droite gauche gauche droite
Un tirant de tribord je souque
A bâbord et à tribord
Vers le calme des clairières saumures
Kave hwani !Kave Hwani !

……………………………………


Au lieu-dit de la ponte des vieux reptiles
J’arrime pirogue et interroge les mornes
Mon chapeau de paille sur un genou
Ma pagaie horizontale comptabilise
Mbandzi, pbono et 2 murex baveurs
Je me prépare à un festin d’insulaire, lorsqu’un vieux monsieur au corps sec
Blanchi par endroits de sel m’arrive en souriant.
Il avait le dos nu bombé en demi-lune
Une petite tête aux pois blancs
Et grattait le sable avec une brindille :
" Djumbe Fatuma l’amoureuse avait le corps d’une enfant
Lorsqu’ elle s’abandonna Sous les couches de soie
Et but le zamzam frais d’une calebasse étrangère
On dit que le palais demeura d’un silence liturgique
On dit qu’alentour les bêtes plongèrent dans une sieste infinie
Et les seuls bruits qu’on entendait
Sortaient d’une chambre de reine "
C’est ce qu’on raconte
Moi je rapporte hama mpvandzi
Hama pandzi aux ailes poudreuses drainant le sirocco
Jusqu’aux confins d’Europe
Mais dans mes errances au sein des îles
Dieu que j’ai foulé des terres ocres du Nord au Sud
On m’a dit la même histoire
La même histoire qui s’ répète d’île en île
La même histoire pour toutes les îles
" …A l’aube les femmes de cour vaquaient à la routine
Elle battaient des mains en silence, mines renfrognées
Ets-ce pour réunir la basse-cour
Est-ce pour s’ plaindre prises à témoin d’un viol
Pendant ce temps les hommes qu’étaient sujets
Attendaient sous un manguier "
J’y étais pas, mais ça m’ revient
De la mémoire des anciens
Un silence de drame régnait au palais
La reine n’était plus jeune fille
" Son sang s’est perdu de la vue des siennes
Ye zigelegele sont des sanglots étouffés
Les mères se résignaient
La coutume avait changé
La reine s’envolait vers des palais imaginaires
Des images de Louvre et d’exposition coloniale "
-c’est surréaliste et baroque-
" Le sang a coulé, s’est mélangé
A sa phase de réincarnation
C’est l’homme au fouet qui conquiert Mwali
A la voix de son clébard "
Mwali où se tissent les meilleurs songes
Ou des hommes lisses comme des lianes
Le long des sentiers glissent vers les champs
Glissent en sourdine par amour pour un Occident chrétien
Peuplé de chiens et de pirates
Pour des parts économiques à la place de Paris
" Elle avait le corps d’une enfant "
Ailleurs c’était la mine
Aux îles c’est le lit
Un pédophile en avance saigne la princesse d’une île sous la lune
J’ pensais
L’homme souriait toujours
Traçait des ronds sur le sable
La mer montait par vaguelettes régulières
Mwali s’assombrissait sous la mousatche stupide d’un blanc cupide
Lambert aux couilles friables de corail mort
La nuit tombe
La case est ténébreuse
Sur un sukurubu danse une flammèche grise
Ta’ ya mrachi.
Dehors les djinn s’immiscent aux ruelles.

……………………………………………….



Bon, le voyage continue les gars. Le voyage est fini depuis longtemps. Je détiens le secret du poète en îles dans le disque dur (d’oreilles) de mon ordi. Mais comme promis, je dois mourir.

Sadani est mort et, voici l’épitaphe qui figure sur sa tombe virtuelle

" CI-GIT, UN IMBECILE QUI S’EST PRIS POUR UN AUTRE.
IL L’AIMAIT PAS.IL LUI A TIRE DESSUS ET JE SUIS MORT. "

Ss

 

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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 10:39

Première partie par le poète Sadani

Lu sur: http://www.comores-online.com/mwezinet/poesie/pourunepoesiequiose1.htm


Salut les mecs,
Comme je ne peux pas déverser mon tendre fiel sur aucun
politicaillera venu nous les gonfler, style Prout Prout, Mister
Rhumba ou autre pouet pouet débile, et comme j'ai rien à lebran de
toutes mes journées et que j' me fais iech à en crever dans ce foutu
climat de merde, et comme j' ai pas envie de retourner aux sources
d'eaux salées, qu'est mon bled où y a rien bouffer, rien que des faux
sultans, des faux durs et des vrais salauds qui font la pluie (quand
y en a) et le mauvais temps,( tout l' temps),nous allons continuer à
vous poétiser, j' dis bien, poétiser et non pas formater des
brochures touristiques sur le paysage ou dessiner la carte du tendre,
pour émoustiller nos belles .

De l’intention à l’invention poétique.

Les « bangwe » se sont enrichis (si c’est vraiment le mot),de
quelques espoirs, depuis quand même un peu de temps :Des p’tits
textes innocents s’ frayant un chemin au milieu de la grosse
débandade politique et des sublimes engueulos qui m’ tiennent en
éveil (Du sang !Du sang !).On appelle ses p’tits bouts d’encre,
Shayiri ou pouèmes.Ok ! Mais qu’en est-il de ces dénominations, sinon
quelques louanges pour les uns et des sorties raisonnablement
meurtrières pour les autres, pendables sur les places publics , au
coucher du soleil et au réveil de la lune (pour leur faire plaisir),
après que nous eûmes bourrés leurs narines de clous de girofle,
enduits les oreilles de méduses pilées, mélangés au poivre vert
récolté dans les petits cimetières, sis en contrebas du château d’eau
de mon village. Allez, bourreau, retirez la barrique qui les tiennent
encore debout, et basta, au nom de la poésie ! L’intention ne suffit
plus, plongeons dans la rénovation, ou, comme vous voulez, dans la
novation, pour une poésie intégrant notre conscience de nègre
musulman au décalque de toutes les autres. Pourquoi « nègre »,
pourquoi « musulman » ?Pour une prise en compte totale d’un univers
particulier :Les Comores. Le fruit paradoxal, des amours incestueux,
d’une immense partouze maritime entre l’Afrique et le Monde arabe,
puis violées et exposées intellectuellement, comme le symbole
pictural d’un jet spermatique indélébile par la France colonisatrice.
Moralement dénaturées par un Islam typiquement local, asservi aux
intérêts de toutes les ignorances. Pov’ Dieu !Pov’ Momo !
Toute poésie qui refuse de jeter la cordée entre l’histoire et l’art
est vouée à ma vindicte, les gars :
Le poète est celui qui koze les poings fermés, les pieds imprégnés de
la poussière natale et qui scande en sueur et coléreux :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs
De ceux qui n’ont pas de bouche
Ma voix, la liberté de celles qui,
S’affaissent au cachot du désespoir… »

(« Cahier d’un retour au pays natal ». Césaire, l’aimé !
Le poète qu’ a l’heur de m’ plaire est un désaliéné verbal et mental.
A travers sa désaliénation, il cherche la voie de sa restructuration,
et une fois l’entreprise immergée dans sa conscience, il établit les
règles de sa singularité tout en restant poète. Id est, porteur d’une
identité générique mais avec sa propre carte d’identité de poète
comorien, sans date de naissance, sans filiation patri-ou
matrillinéaire, mais avec son feu intime, ses flammes, éparpillées,
retraite aux flambeaux, faite du creux de papaye verte et d’une mèche
de paille-coco, pour illuminer les Îles.
« Îles !

Feu des cendres… ».

A l’instar du « Chant Général » de big Pablo (Néruda), p’ tit pays
doit avoir son imaginaire et ses fantômes de toutes sortes plaqués
sur la carte de visite du poète.

Mobilisation générale :
Badamiers, bananiers, fruits-étoiles (kononko ziba) ,femmes, enfants,
sable, rhinomurènes (mhunga), einoches (kakantsi), crabe palmiste,
corail noir, rayon vert, sentiers des esprits, mame Jany (la femme
satan), Mnamadi (le roublard onirique et merveilleux), les
personnages des contes (pour niquer ceux de la mythologie
gréco-latine où nous puisons nos piètres illustrations savantes.Ouais
!), l’histoire des enculés, les Lambert, Humblot, debout les morts,
la mer monte, Msafumu, surtout, Mtsala na Mmadi Patiara, Masimu,
l’errance des cabris villageois, la glorieuse odyssée des premiers
navigateurs, Yémen (yes man ? rien !)), le rôle des arabes sur les
marchés aux esclaves en Afrique orientale, Arthur Rimbaud, dans sa
tentative d’atteindre Zanzibar, où déjà des poètes comoriens tenaient
salon en langue arabe et en kiswahili (Kwa ?Si !), les kwasa kwasa,
les taxis brousses, la mortalité infantile, coups d’état et
assassinats politiques et bien des choses encore qu’un inventaire à
la Prévert, ne peut en indiquer l’importance.Avec tout ça, y a
matière à faire not’ sauce-coco, dans l’ajustement des thèmes et
l’agencement du souffle de la phrase poétique….Toujours dans
l’imitation d’une mer omniprésente, synonyme de l’obsession
insulaire. Ce qui, au concert des nations, lorsque la littérature
aura son mot à dire, fera office de symbole identificateur du texte
comorien par rapport à l’universalité de la poésie.On dira « nous, on
a ça et sommes comme ci » !Avant d’être pluriel, commencer par
« être » déjà.

La poésie du style, « Femme que tu es….
Quand je te vois …
Je……………….. ».Assez !

Nous n'en voulons plus de cette pouezi aseptisée, sans saveur et
réduisant la femme en un objet docile, anhistorique et niaise, poupée
anjouanaise , qu'attend derrière son msutru que l' mâle vienne lui
donner des couleurs.Na!

Si de gonzesse, on doit kozer, elle est être de chair, mais aussi
femme tout court, épine du cœur et prisonnière sociale, comme Sania.
Esclave d'une religion , louve matricielle, femme à poigne,
emmerdeuse quelquefois, "sœur d'éternité", vendeuse de poissons,
porteuse d'eau sous l' cagnard, victime d'un putain de
soleil-sang.Victime silencieuse….Et pour certaines , ignobles femmes
"d'affaires" monnayant leurs culs et le rentabilisant par des
allers-retours- Paris-Moroni et Moroni- Dubai….
Et j' sais de quoi j' cause!

Certes, certes, L'amour aussi est un thème humain, mais l'amour chez
les poètes est un piège à répétition, dans un système où cela rime
avec grand mariage, fric et sang des aïeuls, compte en banque ou
devenir politique. L'amour qu'on a, pas celui qu'on achète. On peut
la chanter, bien sûr et surtout l'amour qui s'en va ou celui déjà
mort
"Ye, mi gamwendo
Ngamwendo wo msafara…", l'amour et ses reproches d'exil. Ouais!

Pas celui des sérénades hypocrites , encensoirs pour bwana harusi et
pour l'invisible Bibi harusi, burlesque burkha arlésienne et
abstraction sentimentale, qu'on débite dans les twarabu. Non!
« Le djimbo linu lihulwa ni…ha riyali zi »….Zob!
La poésie sentimentaliste d’sous l’oreiller qui sert à draguer les
minettes et qui s’inspire dans sa portée sémantique, du folklore
twarabustique venu de Zanzibar,faîtes en un autodafé. Nous gagnerons
au change !On est dimanche.Aujourd’hui, c’est zifafa.
Namlawe !

Nous crions poésie pays , poésie âcre qui tisse ses liens dans la
dureté de ce mien caillou, carnassier…pour en finir avec la
soumission morale, intellectuelle, politique et littéraire, car tout
acte de création est un début de liberté. Hein, Napalo? Nous voulons
être libres !
Bien entendu, une grande marge est laissée à l'inspiration, tant que
celle ci ne se morfond pas dans la sensiblerie touche pipi et les
appels du pied aux p’ tites voisines, fausses pudibondes, aux
ministres et aux conauds de tout acabit.
Merde!

Il ne peut y avoir de poésie qui ne porte l'identité de ses sources:
Cette identité n'est pas dans la rime, ni dans le comptage des pieds
pour un refrain, ni dans la césure qui me les brise menues.
L'alexandrin bien appris et tant usité (n'est-ce pas?) par nos pouet
pouet ,est un procédé de pédé, se définissant par 12 syllabes,
quatrains, alternance, nanana, nanana…..Et puis quoi encore?
Je connais 2 saisons (Husi, asihazi), 2 marées alternatives(lipvo,
lidjaya), et des envolées de voyou, en vocaliques vocalisées, sous
des cieux moins cléments , moi ! Des voyelles, qu'on fout à poil, a,
i, e, o, u pour poser le souffle, et qu'on fait correspondre comme
Baudelaire, avec la nature, aux résonances d'un monde consonantique.
Antique de misère et sans jardin.
L'identité d'une poésie comorienne est dans un rythme solaire,
l'éloquence utile au service d'un environnement martyr, comme cette rumeur lointaine, à marée haute, qui s' fait lourde, menaçante et qui déboule sur un tapis de corail, avant d'écrire en lettres blanches les couleurs du jour! Marée basse.

Il nous faut une poésie gutturale, comme une fin de sambe, évoquant le plaisir d'avoir été si près de l'extase, le rythme des goma et des tari, souriant aux cymbales ,dont des mains noires et musicales ont su perpétuer les échos. Une poésie durable qui cogne aux oreilles et aux esprits. Même si ce sont des lamentations, elles sont sincères et non fugitives.

Yeba, c'est la joie (!!!).Récupérez vos lessos, femmes, ce n’était qu’une démonstration, la danse des corps, c’est pour plus tard. Merci.

Il nous faut une poésie militante et novatrice dans ses entregents avec la langue française, qui se déclamera au de-là des positions mythologiques gauloises, raviolies, athéniennes ou british, du moins dans notre recherche d'un formalisme bien black et musulman.

…..Refuser la banalisation du chant, à travers les "mignonne, allons voir ce soir ,si ….".Elle est sclérosée, ouais! Putain de rose!

Nous causerons ronces d'agave saumâtre, pouzzolane lacéré déchirant les gambettes des va-nu-pieds, urupva assasssin, meurtrier des alevins et des actinies, enculados de mercenaires, uhlans modernes violant contre l'arbre à ylang-ylang, mort sous l'humidité poussiéreuse, dans les cases, dans les hôpitaux, dans la profonde obscurité de toutes les merdes de ce pays! La mort partout! Quel beau thème poétique pour un insulaire indigent mais obstinément vivant!

Nous voulons une poésie authentique qui saura un jour se démarquer des enculeurs de mouches françaoui, les Ronsard, Lamartine, Claudel, Peguy et les autres, lorsqu'à l'assemblée de l'Universalité poétique, nous devrons justifier de notre raison d'écrire. Nous poserons mieux parmi les autres, avec nos beaux sourires de nègres savants, si nous apportons au monde, ce qu'on appellera la poésie comorienne, de langue française, anglaise, swahili ou tout simplement, de langue comorienne. Et ça, les gars c'est pas avec Nardin'Mokardin', ni avec les couchers de soleil et de lune amoureuse, que nous l' ferons.

Nous voulons une poésie au plus près de nos soucis, qui prenne appui sur nos réalités, qui appelle un chat, un chat, un tamarinier, un arbre, ou une maison de djinn, si tant que le djinn est désigné, hué, conspué et dénoncé. Salopard! Bouffeur d'enfant! Tricheur! Transsexuel, va! Djinn de mes deux !

Nous voulons une poésie qui sorte des salons , qui traverse la cour et qui s' pend aux lampadaires le long des routes, pour être lue par les errants, ces étrangers fourbus avec leurs drôles de parapluie de midi, sous l' même putain de soleil-sang!

« Assalam an laïkum, bo mze! Eh… cette route?

Elle mène où j'ai décidé d'aller!

Haya! Ye msafara mwema! Marahaba! »

Une poésie du quotidien, qu'a les oreilles qui sifflent au passage des descendants de sultans, menteurs historiques:

"…Des sultans paraît-il ont épousé des reines
ils ont engendré des nobles issus du prophète
Et des trafiquants des côtes plates
La mer en face est leur dédain
Le blanc du sable leur juron
Ils ont des poils sur le cou et des bagues injurieuses contre lesvagues
Ce sont des gens de haute caste
Des drôles couronnés par le mystère ».

Je suis né dans ce monde, un jour de pluie, à la première mangue mûre, au crépuscule. Un enfant mieux loti me fit don de ses reliques pour ne point être nu parmi tant d'artifices et je suis devenu le sultan des intermèdes ou l’ prince des « Rien ». J’ m’en moque.

Une poésie qui fait corps avec les mots, tous les mots et qui s’ laisse aller à l’effleurement lexical ,qui nous arrivent en masse, du swahili, du français, de l’arabe et du comorien et qui en s’amassant autour des mouches, ces lettres d’outre-mer, devient mot unique, mot universel et victoire de l’inspiration. For « …Un déréglement de tous les sens », à la révendication Rimbaldienne. ...Et des soulèvements justifiés,

« Des sultans insulteurs règnent violemment
Sur un cimetière de lave noire
Y arborent des noms à dormir debout
Des bennes de Ben Machin Chose
A se faire des bains à Benidorm
Et quelque bedonnance comme morceau de choix
Sur un plat de riz festif
si ce n'est un hideux handicap
Une longueur de nez ou quelque blancheur
Une voiture neuve dédouanée par la voix
Suffisent au troupeau enrichi
Du fils d'Untel, neveu d'untel
Pour recracher en public
Le ridicule des histoires non vécues."

Et tralala et tralali.Mwanahatru pvanu, mwanahatru pvala, tru, piqué au vif !Vlan !

Nous voulons une poésie de l'irrévérence et de l'insoumission.

Une poésie qui ose dire son NON!

J'ai pas fini, mais j' dois faire la bouffe à ma meuf . Mais avant, à ceux qui s’ sentiraient concernés, j’ dis :C’est ma façon de sentir la poésie, car notre monde n’est pas que de rationalité, il est aussi de sensualité. La sensualité au service du beau et du bon !Mais avant tout Non à la morale des « forts » et aux niaiseries publiques.

On continuera, si j’suis encore en vie ,la théorisation délicieuse de notre future poésie et on terminera par les travaux pratiques : "Mpvandzi Gupango Pandzi" ( ce que dit le poète à propos de la sauterelle).

Ss, pouetiquement con.

 

 

Pour une poésie qui ose dire son NON ! (2)

salut les gars,

Si j'avais une mission quelconque sur les bangwe, je dirais "échec et mat" Tsifude!Pas de réaction! On dirait Don quichotte, en guenilles, ballotté dans les remous d'un combat stérile contre des moulins à vent. VOOOOOOOOO! OOOOOOOOOV! But, As I'm "a poor lonesome cowboy", j' trace ma route, avec le souci de vous faire iech, quand même!

Un chouia!

Inch'allah!

Pour vous plaire j'ai mis un bémol aux mots gros et ai retrouvé des mous mots .

La poésie, qu' ès aco ?
Pour ceux qu' attendaient la suite, la bave aux babilles, n'en pouvant d'impatience et maudissant ma paresses, nous allons reprendre notre clairvoyance théorique, (c'est dans la fièvre, qu'une société évalue sa véritable température), en vue de poser les jalons d'une poésie nouvelle et anti-classicisme linguisticolonial. …Nous voulons une poésie qui embrasse le lexique impromptu des langues connues. Le coup de force du vernaculaire pour moduler le tempo du français. Non pas pour éviter les difficultés, sha, pour revendiquer , un nouveau rythme pour la phrase, une nouvelle sensualité, née de la réunion des deux. Rassurez-vous, les gars, ce n'est ni exotisme facile, ni exercice fatal. C'est une musique faite de beaucoup de noirs pour une blanche (putain, le pied!), à chaque verset, à chaque strophe, à chaque silence, et non pas comme c'est souvent l' cas dans la pratique d'une écriture longtemps usitée (n'est-ce pas? ), ces "blancs"," vides","oublis" ou "méconnaissances" tenaillant les neurones, car le vocabulaire est dans le dico mais absent de la tronche. Si j'ai pas l' mot dans son immédiateté, j'use de celui qui m' traverse l'esprit: Décrire la réalité avec un vocabulaire local, qui ne peut être remplacé par celui de l'approximation française:Une "cabane" n'est pas synonyme de " Vala", "Banga" .On n'est pas. au Canada, que j' sache!Cabane possède sa propre fonction, ses propres codes utilitaires, "une vala" aussi. So, si "cabane" rate sa cible, "vala" tire et touche! Ce, pendant que la phrase est belle et relate au plus juste, l'idée qui démange!

"Que sont ces rumeurs avalées des vala,
Silence sous couvre-feu
Dans le noir absolu des premières louanges du magh'rib?
La vie, Sania, la vie en plus…"
Haya!
De l'allégorie au mythe personnel

Nos mythes personnels ont place dans le corps textuel: La mer, la merde séchant au soleil sur la plage .Mer, soleil, plage= Merde, est un spectacle ,enfants, qui nous a beaucoup marqué, du moins pour ceusse que la plage a longtemps servi de dépôt, après fin de jeûne. La merde a sa place dans le poème, encore faut-il qu'il signifie autre chose: La réalité n'est pas dans le visible, mais dans le sensible. C'est de la sorte que se découvre la littérarité de l'anodin. On dira plus, "je pense donc je suis" (cogito ergo sum), mais, "je sens donc ça pue "(putois ergo sensum)!Sérieux! Une manière de s'extraire de soi pour aller vers l'extérieur, cet extérieur étant une société injuste, un marché aux poissons, une assemblée de comploteurs, un groupe de miliciens ou un enterrement de noyés de 15 jours, sur un kwassa kwassa entre Pomoni et Pamandzi. On sait que tout ça, schlingue! Le principe du mythe, réside dans notre capacité à ne pas exclure notre propre vie sociale du poème! Seulement à la "métaphoriser" et à la métamorphoser. Jusqu'à en faire l'objet central du poème. Inattendu, irrévérencieux et peu amène envers les hypocrisies. Un mythe personnel et récurrent. "[…]Leurs croupes matinales Comme une haie d'arbustes enrobées d'engrais Peignent au soleil les œuvres éphémères appréciées des n'tasi La mer en ressac et au rendez-vous Drainera vers les lointain rivages L'essence même de la cuisine de nos mères… Ainsi vont les vagues….. [..].Moulées de putréfaction Ainsi meurent les valeurs culinaires Dans la grande malaxation de tous les déchets […] Magnifié, le caca rejoint au pinacle d'une spécificité océanique, la rose inutile de Ronsard et les pleurnicheries catholiques des poètes en mal de rédemption. En filigrane et dans une succession de houles, flux et reflux, il concourt au développement halieutique de la planète, étant entendu que nous entamons de nos îles, un exil préliminaire par le déversement cathartique de notre merde. Ouf! Ca fait du bien par où ça passe ! On peut, dans une progression d'un processus organique fondamental, cet acte quotidien somme toute banal, (sauf pour les constipés) décrire au détail, le contenu de ce voyageur sans frontières (manioc, banane, lait de coco, ail, cumin, H20…), sans perdre l'expression poétique. Tout simplement, parce qu'en poésie "rien ne se perd, tout se sécrète".
J'ai du mal avec les mous mots, cut (coupez !) Pause pipi, les enfants !
(prochain chapitre : Du mythe obsessionnel au suicide (linguiforme) collectif )
Pour l'œuvre qui servira d'acte de naissance à la poétique du renoncement "Mpvandzi Gupango Pandzi", il faudra montrer un peu plus d'enthousiasme les gars, car c'est pas rigolo de kozer aux fantômes ; mais comme dit le proverbe "nul n'est prophète en son gourbi" A ciao bientôt ! Dans XXII jours, Sonia !

Le tchétchène

(j'ai changé de nationalité bikoz les dinos, piranhas et autres crocos)

 
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Published by Sadani - dans OPINIONS
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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 09:26

lu dans http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=32197

En lisant Paul Vergès...

Dans son livre, "Du rêve à l’action", Paul Vergès nous explique que « la tâche qui est devant nous est de savoir comment forger dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien une unité entre ces îles ». (page 271).


VERS une fédération des îles de l’Océan Indien

L’étude des îles du Sud-Ouest de l’Océan Indien met certes en exergue des analogies géographiques et culturelles qui constituent en quelque sorte un fond collectif. Cependant, l’histoire institutionnelle de ces espaces insulaires comporte, de part et d’autre, des spécificités. Dès lors, comment relever le défi de bâtir une unité entre ces différentes mais si proches îles indianocéaniennes ? L’insertion de ces îles au sein d’une union régionale faisant déjà l’objet d’un large consensus, le dénominateur commun peut être le co-développement qui deviendrait alors la pierre angulaire de cette tâche d’unification.
Le co-développement peut constituer le ciment pour bâtir l’unité entre ces îles voisines. Aujourd’hui, Madagascar, Maurice, les Comores, les Seychelles et La Réunion comptent 22 millions d’habitants et, en 2050, cet ensemble d’îles constituera une zone d’échanges de près de 50 millions d’âmes. La France et l’Union Européenne doivent donc s’appuyer encore plus sur notre île pour leurs actions de développement concerté dans le Sud Ouest de l’océan Indien car La Réunion est un partenaire de choix dans cette partie du monde. Elle permet à la France et à l’Union Européenne (UE) d’être présentes à la croisée des chemins. Par ailleurs, La Réunion pourra être le pivot des relations entre l’Union Européenne et une fédération des îles de l’Océan Indien ainsi constituée. Ce qui permettra aux pays européens de participer pleinement au développement durable et solidaire de notre planète.

Une entité politique indianocéanique qui reste à forger

Situé au carrefour de la voie des échanges qui s’amplifient entre l’Asie et l’Afrique, cet ensemble insulaire unifié pourrait jouer un rôle dans la conduite de son propre essor. C’est une nécessité pour la coopération de ces pays au sein de la Commission de l’Océan Indien (COI) dans laquelle la France est largement impliquée. Ce co-développement peut notamment s’établir sur la base concrète d’échanges entre nos pays ; citons par exemple le riz malgache, l’expérience du tourisme mauricien, l’essence à parfum comorienne, la protection de la biodiversité seychelloise, l’expertise énergétique réunionnaise, etc.

En outre, les actions de chaque acteur îlien doivent être conduites avec la constante préoccupation d’instaurer un équilibre tenant compte non seulement des intérêts de chacun mais également de l’intérêt général de cette entité politique indianocéanique qui reste à forger. Le partenariat entre ces îles sera d’autant plus fructueux qu’il reposera sur le souci permanent d’un réel équilibre d’intérêts. Face aux problèmes liés à la mondialisation, serait-il donc venu le temps d’organiser une véritable communauté indianocéanique ?

Rémy Massain

nciens-senateurs@senat.fr

Brigitte Croisier

Née à Dakar, elle rêvait d'ailleurs et La Réunion l'a accueillie. Grâce à Alain Lorraine lui demandant d'écrire dans Témoignage chrétien de La Réunion, elle découvre le goût de rendre compte de la réalité vécue par les femmes réunionnaises. Elle continue à travers les «Pages-Femmes» de Témoignages. puis elle s'investit ans la Commission Culture Témoignages (CCT) et l'Association pour la Maison des Civilisations et de l'Unité Réunionnaise(AMCUR). Elle a co-signé le livre d'entretiens de Paul Vergès, «D'une île au monde» (L'Harmattan, 1993), participé à l'ouvrage collectif «L'île de France... et alors?» (Grand Océan-CCT, 1993) et à la biographie de René Payet, «Quel diable de prêtre»(Océan Editions et Editions Khartala, 1996).
Professeur agrégée de philosophie et licenciée en sociologie, elle est actuellement (2008) collaboratrice du président de la Région Réunion. Dans la proximité de Paul Vergès, elle expérimente le jaillissement perpétuel d'une pensée en acte, d'une réflexion politique qui se nourrit du réel pour mieux le transformer.

http://www.livranoo.com/cover.php?PK=925



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2 mai 2008 5 02 /05 /mai /2008 13:54

Diplomatie afrique numéro 1

télécharger le numéro 1 www.ivorian.net/Article/?p=4335

Chers lecteurs,

Vous tenez entre vos mains le premier numéro de Diplomatie Afrique Magazine. Nous voulons
à travers ce nouveau support d’analyses, écrire de nouvelles pages beaucoup plus belles de
l’histoire de l’Afrique pour les générations futures. Diplomatie Afrique Magazine se positionne
ainsi comme le premier magazine diplomatique africain qui valorise l’Afrique. C’est avec cette
vision d’une belle Afrique que démarre notre aventure. Une tribune unique pour vos opinions
sur le continent. Un espace d’échanges inter culturels pour une meilleure cohésion entre les
communautés africaines vivant en Afrique et la diaspora. Diplomatie Afrique Magazine analysera
avec les consultants, l’actualité et l’impact des politiques de globalisation de l’économie
sur le continent. Nous ferons aussi la part belle aux grands débats de politiques extérieures qui
dominent le monde et surtout leurs enjeux pour les pays africains.
Nos conflits, nos fléaux, nos épidémies, nos coups d’Etat font de nous
des boulets à la traîne du développement. Chaque Africain doit pren
Pour que plus jamais les maux
dre conscience que l’Afrique mérite mieux. Nous avons l’obligation et la
lourde charge de construire une Afrique responsable, dynamique, com-de l’Afrique ne soient les Africains pétitive et prospère. Une Afrique qui a son mot à dire dans le concert
des nations. Cette Afrique qui gagne. Donnons donc envie aux Africains
de la diaspora d’être fiers de leur terre. Les autres peuples doivent dé
eux-mêmes. Construisons ensemble

sormais nous regarder autrement. Pour que plus jamais les maux de
l’Afrique ne soient les Africains eux-mêmes. Construisons ensemble
l’Afrique du futur.

l’Afrique du futur.
Cette nouvelle approche des relations de l’Afrique vers le reste du monde
sera une panacée efficace contre l’éternel complexe de la main tendue, si nous y apportons
tous notre contribution. L’Afrique des dictateurs est morte. Celle de la liberté, de la justice est
née pour plus de démocratie soutenue par une diplomatie africaine plus présente.

Dans les colonnes de Diplomatie Afrique Magazine, les non Africains sont aussi les bienvenus.
L’Inde nous accompagne pour ce premier numéro. C’est ici l’opportunité de décrypter les politiques
d’aide au développement, de mesurer l’impact réel des programmes de développement
des institutions financières. Ensemble nous nous poserons les questions qu’il faut et nous irons
à la recherche des vraies réponses à nos interrogations. Il est temps que notre Afrique soit
responsable et s’assume pleinement.

Etienne Narcisse ASSEMIEN
Directeur de Publication

DIPLOMATIE Afrique
Février 2008

Posté par Diplomatieafrik à 17:11 - le magazine - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Félicitations

Je viens de découvrir votre revue sur le net. Je vous félicite pour cette initiative louable de donner une autre image positive de notre continent.
J'ose espérer que la revue prendra en compte l'aspect enrichissant qu'assume l'art et la littérature dans le développement durable de notre continent, mais aussi que son rôle de vendre une image positive sur la scène diplomatique puisse être par ailleurs encouragé.
J'aimerais connaitre les conditions pour un abonnement depuis les Comores.
MAB Elhad poète et artiste comorien

Posté par MAB Elhad, 02 mai 2008 à 12:52

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29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 23:19



Portrait de la chef d’entreprise lauréate du Trophée de la réussite au féminin
Comment devient on la femme numéro 1 du BTP dans ce petit coin de paradis qu’est l’archipel des Comores, quand on a fui le pays à l’âge de 17 ans, pour y retourner en tant qu’enfant prodigue, quelques années et épreuves après ? Soilha Said Mdahoma, chef d’entreprise et présidente d’ONG, a remporté, le mois dernier, le Trophée de la réussite au féminin. Une récompense remise à Paris, au Sénat, par l’ancien ministre des DOM TOM et du tourisme Olivier Stirn.
L’histoire de Soilha, est si intense et parsemée d’évènements aussi heureux qu’incongrus, qu’elle mérite d’être contée aux plus jeunes. Ceux pour qui, en particulier, courage, volonté et travail semblent signifier peu. A l’heure où tout semble facilement accessible et faussement biaisé par des succès éphémères, la réussite de cette femme s’impose dans ce paysage idyllique de l’océan Indien, plus macho qu’on ne le croit.
Nous sommes en 1975, la révolution éclate aux Comores [1], après le referendum de 1973 instaurant l’indépendance concertée. Les mapinduzi (militaires militants), encadrés par des mercenaires, sèment la terreur et cherchent à enlever des enfants à leurs parents, surtout si ce sont de jeunes et jolies filles. Soilha a la malchance – ou la chance - d’être trop jolie et rebelle. En tous cas, suffisamment pour appâter les révolutionnaires. Ses parents décident alors de la marier à un homme plus âgé qu’elle qui la transformera en « femme ». Mais les épreuves de la vie, loin de sa famille, à Paris, vont la mener vers une féminité affirmée, un caractère trempé, fonceur, enrobé d’un naturel charmeur.
Alors qu’elle s’apprête à quitter les Comores pour la France, c’est son futur mari qui, à l’aéroport, se fait kidnapper par les rebelles. Il prend la place de la belle pour la sauver. Respectable attitude du héros qui se sacrifie pour sa promise. On ne pensait voir cela que dans les romans. Mais la vie de Soilha est un roman ! La jeune femme, qui est recueillie d’abord par des amis français puis par des sœurs protestantes, décroche un diplôme de puéricultrice et va exercer à la mairie de Paris durant plusieurs années.
Le désir de refaçonner le réel
Elle aurait pu garder les enfants des autres toute sa vie, mais elle aurait dû pour cela lutter contre sa nature de battante. Curieuse, assoiffée de rencontres et de nouveautés, elle court après les opportunités de business pour gagner toujours plus et pouvoir redistribuer une partie de ses gains par l’humanitaire. C’est sans doute ce naturel enthousiaste et entier qui lui a permis de désarmer plus d’un dirigeant comorien, et de devenir la conseillère du Président (chargée des investissements), lui-même.
Soilha, depuis, porte plusieurs casquettes sur sa jolie tête métissée, dont celle de chef d’entreprise (elle gère plusieurs entreprises de BTP, textile, Ferry Inter-iles aux Comores), celle de vice présidente du MEDEF Comorien, et présidente de plusieurs associations humanitaires. Qu’est ce qui pourrait stopper cette femme ouragan qui semble tout bousculer sur son passage pour refaçonner le réel à sa manière ? A quoi servirait donc le business, et à qui servirait le lobbying, s’il ne profitait pas à l’intérêt collectif ? Soilha est présidente de l’ASOI,(l’Association pour la Solidarité dans l’Océan Indien) et de l‘Union des Français à l’Etranger (section Comores), vice présidente de Tremplin pour Entreprendre, Membre fondateur de l’ ICC (Initiative Citoyenne) et de l’UFDC (Union des Femmes pour la Démocratie).
Déjà faite chevalier de l’ordre national du mérite, Soilha répond avec une rare modestie, lorsqu’on lui demande si sa mère est fière d’elle : « Je ne sais pas, je l’espère ». Pour sûr que la maman de 8 enfants doit s’enorgueillir d’avoir l’une des ses cadettes qui non seulement a réussi sa vie mais, en plus, facilite celle de ses frères et sœurs de sang et de nation.

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Published by Lu dans http://www.afrik.com/article14189.html - dans OPINIONS
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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 13:54
Pendant la colonisation, il y avait une vieille méthode pédagogique connue sous le nom de «symbole». Elle consistait à remettre un objet : bâton, cailloux, ou autre, à l'élève qui parlait sa langue vernaculaire durant la récréation. Le dernier qui était en possession du «symbole» subissait une punition du genre : «Je ne parlerai plus le comorien dan la cour de l'école.» A écrire 100 fois. Depuis les indépendances octroyées par le colonisateur, français notamment avec la condescendance qu'on connaît, ou arrachées avec le sang qu'on connaît aussi, les intérêts supérieurs de la nation française – exigeant la perpétuation de la domination sous des aspects moins brutaux et moins grossiers – ont fait que plusieurs méthodes ont été tentées avant de trouver la perle rare : la Francophonie. Bien sûr, on dira pour mieux envelopper le cadeau empoisonné, que ce concept vient des Africains eux-mêmes, précisément du père Léopold Sédar Senghor, ce brave académicien français dévoué à la cause de l'Afrique, mais dont le cœur et les amitiés penchaient plutôt du côté des grandes cultures et civilisations européennes. Le tirailleur culturel trouvé, il fallut maintenant lui fournir les armes pour défendre le «français», ou plutôt «les français» en péril…Ce fut d'abord l'ACCT, l'Agence de Coopération Culturelle et Technique. Je ferai remarquer que pour co-opérer, il faut opérer à deux. Or, comme toutes les officines qui œuvrent pour la domination intellectuelle et culturelle de l'Occident sur le reste du monde, cette ACCT était financée à plus de 90% par les pays francophones du Nord, ceux du Sud étant chargés de chanter et danser la francophonie retrouvée. Pour en arriver là, on a commencé par faire peur aux Nègres et autres ex-colonisés francophones, sans langues écrites ni dominantes, en leur disant que leur empire linguistique était menacé par la Perfide Albion, qui avait utilisé «le franglais» comme cheval de Troie pour s'accaparer des esprits des anciens colonisés du pré-carré, au détriment de la langue française . Cette peur qui apparut vers les années 70, procédait non seulement d'une remise en cause des propres valeurs de l'Occident (ordre, discipline, famille, patrie) par les mai 68 à travers l'Europe jusqu'aux USA, (phénomène hippie) ; mais surtout d'un affaiblissement économique de la France secouée par «la chienlit». Pour revenir à mon sujet il est certain que La francophonie est bel et bien le nouveau «symbole» pour nous empêcher de parler et de valoriser nos langues ; où, pour être positif, nous encourager à parler la langue de l'Autre, quitte à la déformer, la modifier. Ce qu'on appelait franchement du temps des colonies «le petit nègre», décrié et condamné en tant qu'atteinte à la langue de Vaugelas et de Molière, est aujourd'hui toléré ; que dis-je, encouragé, comme signe de la diversité et de la tolérance linguistique ; preuve de la grande capacité de la francophonie à agrandir sa famille en acceptant même les bâtards ! L'hypocrisie de la «glottopolitique» française à l'égard de ses anciennes colonies est de faire croire aux ex-colonisés qu'ils ont en partage non seulement la langue, mais encore les valeurs qu'elle véhicule. Mensonge grossier ! Comment des gens qui, au nom de la liberté de la presse, ou de conscience, peuvent-ils autoriser et défendre les caricatures malveillantes contre le Prophète Mouhammad peuvent partager les mêmes valeurs avec ceux qui sont prêts à mourir pour empêcher ces caricatures ? Comment ceux qui pensent qu'il est normal qu'à 18 ans les enfants quittent leurs parents sans plus s'occuper d'eux peuvent avoir les mêmes valeurs que ceux qui considèrent qu'il est un devoir sacré des parents de s'occuper de leurs enfants, et qu'en retour il est un devoir sacré des enfants de s'occuper des vieux parents? Comment des gens qui considèrent que l'homme dispose de sa vie et de sa mort comme il l'entend et qui vont jusqu' à poser la question de la légalisation de l'euthanasie, peuvent partager les mêmes valeurs que ceux qui considèrent que la vie appartient à Dieu et que Dieu seul a le pouvoir de la retirer ? La liste est longue, qui contiendrait les différences pour ne pas dire les oppositions fondamentales sur le plan des valeurs entre les pays du Nord et du Sud ; ou pour être plus clair, entre les civilisations judéo-chrétienne bantoues ou arabo-musulmanes. Juste une anecdote aberrante sur la prétendue universalité de la langue et des valeurs du français. Lors de la cérémonie officielle du 20 mars dernier, Son Excellence l'Ambassadeur de France aux Comores, M. Christian Job, choisit le «tutoiement» comme signe de rapprochement, d'amitié, et de convivialité… Qui parmi les descendants de Mbayé Trambwé connaît la différence entre le «vous» et le «tu»? Qui peut savoir à quel moment on est assez proche ou assez ami du Mzungu pour lui dire «tu»? Est–ce quand il te sourit et t'appelle mon ami, avec une petite tape au dos dans les salons de la condescendance ? Ou quand il t'invite à dîner chez lui en supposant que toi qui attends ton salaire d'il y a 4 mois, tu vas rendre l'invitation, ou apporter au moins des fleurs ou une bouteille de vin? Est-ce quand, complètement saoul vers 4 heures du mat, il te raconte pourquoi il s'est disputé avec sa femme qui est restée en France et avec qui il est en instance de divorce et son souci de la garde des enfants ? Ou alors serait-ce quand, le soir, vous allez ensemble à la chasse aux chiromani, et qu'en te quittant il te gratifie d'un «tu es un brave garçon»; et que le lendemain gêné devant ses congénères, il fait semblant de ne pas vous connaître en employant de nouveau le «vous» protecteur, sachant que vous n'oserez jamais lui demander pourquoi il te tutoyait la veille, et te vouvoie ce matin là ? Peut être que vous ne l'aurez même pas remarqué! On est en droit de s'étonner que cette critique vienne d'un professeur de français de formation, de surcroît écrivain et poète de langue française, même si tropicalisée. C'est que je suis presque écoeuré par le thème de la Journée mondiale de la francophonie 2008 : «La Francophonie au cœur.» J'ajouterai, comme un poignard, et dont la raison vient des conséquences inquiétantes de la fermeture des frontières des pays du Nord, à commencer par la France, avec les images écœurantes des cadavres des «boat- people» naufragés de la Françafrique, les électrocutés de la Choa multiforme des Noirs sur les barbelés de Ceuta et Melilla, j'en passe et des meilleurs... C'est plus facile d'avoir «la Francophonie au cœur» qu'un visa pour aller voir nos cousins francophones de France, au risque d'y rester. C'est justement par amour de la langue française et de la vraie Francophonie, volontaire et choisie, que je m'insurge contre la Francophonie comme séquelle de la colonisation qu'on n'hésite pas à nous présenter comme un de ses fameux bienfaits. Pour cette vraie francophonie-là, je soutiens le regroupement linguistique régional comme cela est en train de se faire sur le plan économique, afin que chaque pays puisse trouver son identité linguistique véritable dans une famille de langues qui lui soit proche. C'est pour une décolonisation des esprits que je milite contre la françophonie d'héritage pour une francophonie choisie et décomplexée, qui permette d'abord de réfléchir dans sa propre langue, et choisir en toute liberté sa langue de communication internationale. Il est reconnu, et de plus en plus admis par les sociologues et les pédagogues, que l'enfant doit d'abord apprendre les mécanismes de sa langue maternelle, «celle parlée par sa mère» ou dans «sa mère patrie», pour mieux assimiler une langue autre. Ceci reste valable aussi pour les peuples. Je ne puis imaginer la France actuelle sans la Pléiade de Ronsard et Du Bellay, qui au XVIème siècle a secoué le joug du latin colonisateur pour revigorer un des dialectes de la Gaulle et en faire le français tel qu'il a servi à unifier la France et les Français ! Pourquoi ce qui fut valable pour la consolidation de la nation française ne le serait plus pour les autres nations! De plus il est évident que la structure de la langue que l'on parle n'est pas indifférente à la structure de notre pensée, ni indifférente aux valeurs que véhicule cette langue. La preuve est dans la facilité avec laquelle les nouveaux «DJ» comoriens parlent de «faire l'amour» ou d'aller «lover», et le scandale qu ils provoqueraient s'ils utilisaient l’équivalent en shikomor! Je ne l'écris pas par décence. Les quelques étrangers amoureux de notre langue – il y en a quelques uns – peuvent le demander du côté de la Rose Noire, non loin de l'Alliance… En ce qui me concerne, j'opte pour l'apprentissage du comorien comme langue de l'affect (langue du cœur) et de la formation de l'intellect. Mais je milite aussi pour l'apprentissage massive et rapide sous forme d'alphabétisation des masses d'une langue régionale en passe devenir internationale – elle l'est déjà au niveau des nations de l'Union Africaine. J'ai nommé le swahili. Cet apprentissage aurait comme avantage un retour aux sources de la modernité comorienne, ustaanrabu. Je rappelle que les premiers grands intellectuels comoriens du gabarit de feue Said Omar Abdallah dit Muigni Baraka, premier Comorien Docteur en philosophie et biologie,sont issus de la zone anglophone et swahilophone où il n'y avait pas,à ma connaissance, de «symbole» dans les cours de récréation pour faire honte à celui qui avait parlé le swahili ! Cet apprentissage contribuerait grandement à désenclaver intellectuellement les Comores en les reliant à leur ensemble naturel : le continent Africain et plus précisément l'Est Africain. Mieux encore : si ma grand-mère du Nyumakélé pouvait parler et comprendre le swahili – ce qu'elle ferait mieux et plus rapidement que pour le français – elle aurait le choix entre la BBC, la Voix de l'Amérique, Deutsche Velle, la Voix de l'Allemagne, Radio Tanzanie etc, échappant ainsi au nombrilisme de la France, aux éditos arrogants d'ancienne puissance coloniale (et actuelle colonisatrice d'une partie du pays) de RFI, sur les maîtresses et les sorties nocturnes des Présidents de la République Française, les émissions spéculatives et tendancieuses sur l'«immigration clandestine des Comoriens vers Mayotte» et autres niaiseries qui n'ont de logique que la force de dissuasion nucléaire ,le veto de la France et la mendicité érigée en système de gouvernement dans nos pays… J'en appelle donc à ceux qui veulent une vraie francophonie, librement consentie et assumée, avec les moyens propres de la nation qui aurait choisi cette langue parmi d'autres, et capable de tisser une vraie amitié entre les peuples, partager et non imposer des valeurs décrétées ensuite communes à travers des chartes qui se justifient historiquement à travers les trajectoires des pays qui en sont à l'origine, et le génie de leurs langues de rédactions. J'en appelle à ceux-là pour dire non à une francophonie macédoine de politique et de linguistique qui n'est que de la poudre aux esprits et un vrai frein au développement de nos pays, une carotte intelligente et rusée parmi les multiples bâtons utilisés pour empêcher nous autres de la cave,d'accéder au rez-de-chaussée, encore moins aux étages du monde pour en voir le panorama. La francophonie a pour seul objectif de nous apprendre tous à continuer à mendier en français, en disant merci et s'il vous plait… Quelle belle revanche pour celui qu'on a chassé hier, de nous voir défiler devant sa porte avec sa propre langue comme sébile! Décoloniser intellectuellement et donc linguistiquement l'Afrique, est le premier pas vers l'indépendance des esprits, la véritable indépendance! Cela permettrait une auto conceptualisation des causes de notre sous-développement, et par conséquent, verrait le début de la recherche de concepts autocentrés sur nos sociétés et acceptées par tous. Surtout ne criez pas au crime de lèse mondialisation, ce concept de repus, car contrairement à ce qu'on peut croire, elle n'est pas incompatible avec une vraie nation. On ne peut pas mondialiser des gens qui n'ont rien à partager, ni richesses matérielles, ni culturelles, excepté le folklore pour touristes et Présidents en visite officielle. Cela se prouve tous les jours en Europe même. Tous les pays développés et émergeants réfléchissent dans leurs propres langues et trouvent des solutions authentiques à leurs problèmes. Pourquoi pas nous ? Un point d'actualité pour finir. Je suis sûr que les Comoriens auront résolu leur problème d'instabilité politique et institutionnelle le jour où nous pourrons dire en comorien, régionalisation, fédération, confédération, état unitaire centralisé, état unitaire décentralisé ;et faire la différence entre tous ces termes et concepts. Alors, peut-être aussi que ce jour là, nul Comorien ne sera sensé ignorer la loi, écrite dans sa propre langue, où du moins dans une langue comprise par tous.
 Aboubacar SAID SALIM Ecrivain et Francophone
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