Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Poètes des îles de la lune
  • Poètes des îles de la lune
  • : Blog destiné à faire connaitre les œuvres artistiques et poétiques des îles de la lune ''Comores ''
  • Contact

Texte Libre

Recherche

Archives

10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 11:38

Lecture-scenique-110.jpg

Ma première approche avec ce ‘’revenant’’ (mort en 1978, et enseveli dans la poussière de l’histoire, piétiné par les pas du désespoir, à l’annonce du coup d’État qui a mis fin au règne  du pouvoir révolutionnaire et mettant fin à la vie d’Ali Soilih)  était  d’abord virtuelle. Je me retrouvais à l’île de la Réunion en Mai 1993, pour  une formation de Commandant de la Brigade de  Recherches. Mon encadreur  en Police Technique et Scientifique, le Gendarme Prévost, connaissant mon goût prononcé pour la poésie, m’a ramené un livre  dont le titre ‘’Palangana’’, était écrit par un Comorien du nom de Saindoune Ben Ali,  et publié par l’Association des écrivains de La Réunion. ‘’ADER’’.Cela m’a surpris d’abord parce que ce mot n’avait rien de comorien mais plutôt du malgache d’une part, puis d’autre part je n’avais jamais entendu parler d’un poète comorien à part  Mbaé Trambwe et Aboubacar Said Salim en Gde Comore, et sur l’île d’Anjouan un jeune de la famille Dossar actuellement en France.

‘’Palangana’’ n’est en faite qu’une compilation constituant les rives d’une rêverie d’enfance. Plus tard l’auteur me dira que cet œuvre, n’est que ‘’l’illustration qu’une littérature n’a aucun sens s’il ne véhicule pas des utopies‘’.Depuis son écriture m’a émerveillé. Alors débute 
quelques recherches qui m’apprendront aussi que sa première œuvre‘’
Les ruelles d’embats’’publié par l’INE (Institut Nationale de l’Education) d’Anjouan en 1986  fut une évocation douloureuse sur son grand père paternelle qu’il n’aura connu qu’à peine 2 ans. Ses premiers écrits furent donc tout d’abord soufis à la manière des kassuda. au croisement du bien fait divine et le sacré. Par contre je n’ai pas connu l’autre recueil, ‘’Les ombres de Koni’’ publié par la maison de la poésie de Paris. Quand le Testament
de transhumance est sorti, qu’elle a été ma souffrance dès ma première lecture d’apprendre au travers de l’avant propos, que Saindoun « est mort en 1978, piétiné par la foule carnavalesque, à l’annonce du coup d’État qui a mis fin à la vie d’Ali Soilih ». ? ! Donc je n’allais pas le rencontrer ? La pesanteur d’une telle pensée tuait à son tour, cette envie de lire cette poésie posthume. Cependant je me suis repris du choc ressenti et la lecture qui s’en suit m’apparu d’un approche difficile. Certains mots avaient un sens que je n’arrivais pas à cerner, par contre le rythme adapté par l’auteur, son style, sa thématique et l’esthétisme ont retenu mon attention, me poussant à aller jusqu’au bout. La recherche sur l’auteur et son temps m’emmena  à pénétrer l’œuvre pour comprendre cette mort symbolique. J’ai fini au fur et à mesure que j’évoluais dans le contexte de l’époque  ou l’auteur s’est inspiré,  à comprendre qu’en faite ‘’Testament de transhumance’’ était poético politique. J’ai cru comprendre que l’auteur était Soilihiste pour avoir descellé, une célébration tragique et lyrique de Saindoune Ben Ali sur la révolution culturelle que j’ai aussi connue, et la disparition du Mongoze. J’ai conclu de fait que l’œuvre revenait des fonds de l’histoire emporté vers les rivages par les vagues des oscillations chaotiques rejetant sur la plage du temps, les refoulements dû à ces rêves brisés et cet engagement probablement , à un homme auquel l’auteur s’estimait redevable. Le questionnement du débat charnel entre l’expression proprement dite, et les circonstances qui ont poussé Saindoune à une telle métaphore, a fait jour en moi. J’estimais de surcroît que Saindoune se cherchait une voie. En lisant ce chef d’œuvre, après avoir pris du recul par rapport au passé, je constate que  Saindoune, lisait dans le temps pour prédire l’avenir ; et projetait son regard de poète, sur notre époque. Pour preuve, qui aurait cru que l’actualité des kwassa-kwassa, ces vedettes à la dérive sur les mers de l’eldorado Mahorais, était prévisible dans son livre ? Saindoune se sert d’une écriture pour peindre la révolte contre les empêcheurs de tourner en rond. Il s’approprie la douleur de tout un peuple pour la faire sienne. D’où cette impression d’exorcisme qui apparaît en filigrane dans ces mots contre cette violence continuellement dirigée sur  le peuple et le pays. L’assassinat du chef de l’Etat d’Ali Soilih semble pour lui une rupture avec l’espoir d’un avenir meilleur.
 

 Depuis j’ai commencé à me faire des idées et un portrait préconçu de la personne. En effet, en 2000, alors que nous préparions le Festival International de Poésie Itinérant en Afrique (FIPIA), nous aurions beau cherché à le joindre en vain. Saindoune Ben Ali est difficile à cerner, déroutant, inclassable. J’ai  donc continué à croire que ce grand poète comorien était à l’image de mes préférés. Je l’imaginais à la carrure d’un Boris Gamaleya, d’un Mallarmé ou d’un Aragon. En tout cas dans ma tête il illustrait assez bien ‘’ L’Albatros’’ de Charles Baudelaire dans les fleurs du mal. Mais lui, ses références ne sont pas non plus aussi simples : des auteurs à l’instar de René Char, et Yves de bonne fois. Et le jour que je lui ai dis qu’il illustre mieux l’Albatros il m’a répondu qu’il se voit plutôt comme le corbeau d’Edgar Allan – Poe.  
 Lecture-scenique-121.jpg

            Je me suis dit alors que l’homme est à l’image de son dernier chef œuvre, difficile d’approche.  Je le croyais hautin et imbu de sa personne, ce qui l’aurait conduit à devenir hermétique, à rechercher le silence et la solitude.
 
            Puis vint notre rencontre. Sur invitation de la Librairie d’Anjouan, je me suis retrouvé à Mutsamudu aux côtés des écrivains comoriens venant de tous les horizons. C’est là que j’ai rencontré cet homme qui n’est en fait que le contraire de ce que je pensais de lui. C’est plutôt un homme de dialogue que j’ai découvert. Notre rencontre a fini par me faire comprendre que ce talent immense et authentique, son regard posé sur le vide, exprime le côté antagoniste de l’homme de lettres qu’il est. Je le croyais Soilihiste alors qu’il ne l’a jamais était. D’ailleurs il le dénonce dans le testament de transhumance, Karo ‘’ le pas ‘’ qui  traduit le désespoir de bon nombre de comoriens qui aspiraient et s’aventure toujours, hanté par cet horizon alléchant. C’est cette tragédie que les Comores connaissent depuis l’indépendance du pays  hier pour fuir le pouvoir d’Ali Soilih et aujourd’hui à la recherche d’un avenir meilleurs.
 Je le prenais pour un hermétique et je l’ai découvert bon vivant, homme de dialogue jusqu’à l’engagement politique. Mais toujours est-il  que ses yeux  hagards et rougis expriment un sentiment de révolte et d’une insatisfaction. Comme si les déboires de l’histoire font le pouvoir de l’écriture ? A l’entendre, j’ai compris qu’il est venu


            

 à l’écriture par un état d’esprit sur la culture, la société qui l’on emmené à prendre la plume. Comme si cet enfant de maçon et d’une couturière cherchait  à dépoussiérer la mémoire enfoui de tout un peuple,  à coudre les lambeaux d’une histoire de ce peuple, auquel il porte les cicatrices dans son écriture.
 
 Et je reviens à l’éternel question que se pose bon nombre de ses lecteurs, Serait il possible que le déclin du Soilihisme ait tué l’inspiration du poète de l’Histoire, sinon à quand le prochain recueil ?
                                                           

Partager cet article

Repost 0
Published by MAB Elhad - dans Poésie
commenter cet article

commentaires