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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 12:19

L'intégralité du débat avec Ali Abdou Mdahoma.

 L'intégralité du débat en direct avec Ali Abdou Mdahoma, doctorant en Lettres modernes et ancien professeur des Lycées, mercredi 19 décembre 2007 à 20 h 30

    "La littérature écrite comorienne est censée se développer par le biais de l’écriture émergente de cette jeune génération. Néanmoins, on peut déplorer l’insuffisance d’une contribution féminine dans le roman."

 Soilihi : Pensez-vous qu’il existe une littérature comorienne ?

Bien sûr que oui. La littérature comorienne a toujours existé depuis la nuit du temps, que ce soit la littérature orale ou écrite. Nos arrières grands-parents ont utilisé l’arabe et le Swahili pour exprimer leur vie de tous les jours. C’est ce que je peux considérer comme étant une littérature écrite comorienne en langue arabe ou swahili. Soilih Mohamed Soilih l’a déjà dit dans le numéro 51 d’Africulture d’octobre 2002 intitulé : « Archipel des Comores, un nouvel élan » ? Je cite :
 « Certes, il existait une autre littérature écrite avant celle-ci (littérature écrite comorienne d’expression française). Mais cette littérature, d’expression essentiellement « arabo-swahili, était réservée aux « Wasta’arab », des princes et des scribes versés dans la généalogie, les sciences religieuses, la poésie et les témoignages sur l’histoire en mouvement, avec toujours la colonisation comme élément de cristallisation.  A ce sujet, l’aspect le plus proprement littéraire (la poésie) concerne évidemment les odes lyriques dédiées aux résistants, mais surtout les sha’iri et autres qaswida de confréries soufies, faisant l’éloge de la divinité, de la prophétie et des cheiks et exaltant le chemin de l’extase mystique… ».
Quand il s’agit de la littérature écrite comorienne d’expression française qui fait d’ailleurs l’objet de notre débat (recherche), elle existe depuis 1985. Bien qu’elle soit une littérature émergente et jeune, elle est née avec la parution du roman intitulé « La République des Imberbes », écrit par le docteur  Mohamed Toihiri dans les éditions l’Harmattan. C’est ainsi qu’il demeure le précurseur de cette littérature écrite comorienne d’expression française. On ne peut pas admettre qu’un enfant n’existe pas parce qu’il est jeune.

Said: Pourquoi le premier roman comorien de langue française est-il tardif?

On l’a dit plus haut que le premier roman comorien d’expression française parait en 1985, dix ans après l’indépendance des Comores. Il y a eu un très grand décalage avec non seulement l’émergence du roman négro-africain mais aussi avec le roman mauricien et malgache.  Les productions littéraires en général sont des pages vivantes d’une époque et d’un lieu précis. La littérature comorienne d’expression française n’échappe pas à ce constat. Aujourd’hui, on peut s’aventurer à déclarer que les écrivains négro-africains anticolonialistes ont été des intellectuels qui voulaient se rendre utiles parce qu’ils se dotaient d’une mission auprès du monde noir.
Chez Césaire, cette mission depuis la période coloniale consistait, à partir de ses œuvres placées sous le signe de la négritude, à désaliéner le monde noir. Il devient ainsi le porte-parole des siens, celui qui parle et rend l’Afrique au monde. Il mit ses talents au service des nègres opprimés, c’est ainsi qu’il déclarait lui-même dans Cahier d’un retour au pays natal : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ».

Par ailleurs, on en vient à constater que les œuvres littéraires négro-africains obéissent à une certaine chronologie. Deux grands moments peuvent ainsi être dégagés : la période coloniale et le temps des indépendances. Pour les Comores, on ne peut malheureusement pas parler de l’époque coloniale dans la mesure où le premier lycée a ouvert ses portes en 1963 à Moroni et puis en 1967 à Mutsamoudou. En effet, la puissance colonisatrice avait négligé l’enseignement de la langue française dans les quatre îles qui constituent l’archipel des Comores. Celui-ci faisait partie intégrante de Madagascar jusqu’en 1958, date à laquelle les Comores ont accédé à l’autonomie interne. « Les Comores, progressivement « protégées » par le France à partir de Mayotte, dont l’acquisition avait été négociée dès 1841 par le capitaine Passot, annexées complètement en 1912 et rattachées à Madagascar, ont connu une scolarisation tardive. Interrompue au profit du comorien (à base de Swahili et d’Arabe) lors de l’indépendance des trois principaux sultanats en 1975, elle a été reprise après 1980 dans le cadre d’une coopération rénovée. Par contre, Mayotte, restée collectivité territoriale de la République française, a connu, un grand développement de la scolarisation en français». 
L’historien comorien Mahmoud Ibrahime l’a confirmé dans son ouvrage intitulé La naissance de l’élite politique comorienne (1945-1975), je cite : « A partir de 1912, l'archipel est complètement rattaché à Madagascar et administré comme une province éloignée et difficile d'accès. L'administration locale est d'ailleurs dotée de fort peu de moyens. La santé et l'enseignement sont négligés et les puissantes sociétés coloniales gèrent le pays et interviennent même dans les nominations ou les renvois des fonctionnaires (cas de Pobeguin)».

La production littéraire comorienne bien que tardive n'est pas prolifique, quelles sont les causes principales?

La littérature écrite comorienne d’expression française a 22ans. Il est vrai que la production littéraire n’est pas massive mais personnellement, je dirai que tous genres confondus nous avons quand même une bibliographie qui n’est pas négligeable. Le domaine qui fait l’objet de mes recherches c'est-à-dire la production romanesque est aussi en nette évolution. Nous avons plus d’une trentaine de romans et sur ce, trois écrivains seulement ont plus de trois romans chacun. Mais le plus prolifique est Salim Hatubou qui a à son actif dix romans. Sept romans et trois romans pour la jeunesse. En terme d’ouvrage tous genres confondus, rien que lui seul, il a plus d’une vingtaine d’ouvrage. Ceci est du par le fait qu’il est le seul écrivain comorien à se consacrer à l’écriture et qui en fait son métier. Le reste des écrivains écrivent de façon occasionnelle. Je dirai même que Mohamed Toihiri et Nassur Attoumani sont les deux écrivains comoriens qui ont le plus d’ouvrages après Salim. La production littéraire aux Comores est confrontée à plusieurs entraves notamment celle de l’édition. KomÉdit est la maison d’édition existant actuellement aux Comores à ma connaissance. D’autres maisons d’éditions appartenant à des Comoriens de la diaspora se sont implantées en France et publient des ouvrages de toutes sortes. Je citerai « Les Editions de la lune, Encre du Sud, Les belles pages, Les éditions Kalamu des îles etc.… ».  Mais toujours est-il que les romans une fois publiés, doivent être achetés et lus. Alors qu’on sait pertinemment qu’aux Comores on achèterait plutôt un sac de riz qu’un bon roman. Ce n’est pas parce qu’on n’aimerait pas lire mais seulement parce la misère frappe le pays. Ainsi cette mauvaise attitude a fait que même si l’on trouve un livre on ne se donne pas la peine de le lire. C’est la raison pour laquelle, me semble-t-il les écrivains publient leurs ouvrages en France pour profiter de la diaspora comorienne sur place.

 Soilihi: On dit toujours que Mohamed Toihiri a été le premier auteur du roman comorien, peut-on dire que la littérature comorienne débute de son roman?

Mohamed Toihiri reste incontestablement le précurseur de la littérature écrite comorienne d’expression française. En effet on ne pouvait pas parler de littérature écrite aux Comores sans son œuvre. Il fallait quelqu’un comme lui qui puisse ouvrir, déblayer la voie pour que les manuscrits jadis enfermés dans les tiroirs soient enfin publiés. Depuis la publication de son roman intitulé La Républiques des Imberbes en 1985 aux éditions l’Harmattan, on peut dire que la littérature écrite comorienne a marqué son début. C’est ainsi qu’il est en quelque sorte le père de cette littérature écrite comorienne de langue française. Certes, en 1983 l’ASEC (Association des stagiaires et étudiants comoriens) a publié un recueil de poème sous anonymat pour promouvoir une idéologie marxiste, et surtout stigmatiser la révolution d’Ali Soilih considéré comme la bête noire de ce mouvement. Soilih Mohamed lui-même l’a évoqué également dans le numéro 51 d’Africultures paru en octobre 2002 intitulé Archipel des Comores, un nouvel élan ? Je cite : « Auparavant, l’Asec s’était montrée pionnière, en diffusant un recueil de nouvelles au début des années 80 (6). Mais pour elle, il s’agissait à travers  ce travail de promotion des lettres d’incarner avant tout une « culture nouvelle » et de se hisser à la pointe des « jeunes pousses rouges » et des « bourgeons que ne sauraient écraser les bottes » pour le syndicalisme révolutionnaire. »

 Soilihi: Vous êtes, j'imagine bien un spécialiste littéraire, que pensez-vous de la nouvelle génération d'écrivains comoriens?

Tout d’abord je vous dis que je ne suis pas spécialiste de la littérature comorienne, je ne suis qu’un simple étudiant en doctorat. Je ne prétends pas détenir cette place honorifique, néanmoins je vais essayer de répondre cahin-caha à vos questions. Je pense que la littérature comorienne en général et plus particulièrement le roman comorien d’expression française a un devenir prometteur. Nous avons des jeunes écrivains de talents qui n’hésitent pas à se consacrer à l’écriture et d’en faire leur métier. Salim Hatubou est un jeune écrivain comorien de Marseille qui progresse très bien. Il vient de remporter "le prix diamant en Belgique" suite à son livre intitulé Comores- Zanzibar. Ce n’est pas tout, il sillonne le monde entier pour animer des ateliers d’écriture. Il va tantôt à la Réunion, à Mayotte et même en France. En tout état de cause, la littérature écrite comorienne est censée se développer par le biais de l’écriture émergente de cette jeune génération. Néanmoins, on peut déplorer l’insuffisance d’une contribution féminine dans le roman.     

El Fatahou SAID: Peut-on parler d'une littérature comorienne, non assimilée, non écrite, non lue et comprise par les Comoriens?

Pour qu’une littérature soit lue, il faut qu’elle soit préalablement écrite. Sinon je ne vois pas comment on peut lire quelque chose qui n’est écrite. Toute la littérature négro-africaine est assimilée si j’ai bien compris votre question, car on n’est pas arrivé dans un stade où l’on écrit notre littérature en langue nationale. Amadou Kourouma a voulu toujours malinkéniser le français en tout cas il l’a fait dans certains de ses romans.
 Les Soleils des indépendances, son premier roman qui allait devenir finalement un chef d’œuvre a été refusé par les éditeurs français car il avait un français non académique. Il a été finalement édité au Canada. Ce n’est qu’après cette première édition qu’il a été publié en France. La littérature orale comorienne de Mbayé Trambwé est comprise par une minorité bien qu’elle soit écrite en comorien. C’est notre langue mais on n’a pas l’habitude de la lire. Toujours est-il qu’on aimerait utiliser notre langue maternelle pour pouvoir bien exprimer ce que l’on ressent. Je crois qu’en ce temps-là il n’y aurait pas de barrière à l’écriture. Tout le monde écrirait, même mon père pourrait écrire sans aucun complexe. Aujourd’hui l’écriture est réservée à une élite un peu particulière à cause de la langue française.

Elbacq: selon vous, pourquoi le ministre de la culture ne se préoccupe pas assez ou pas  du tout de la littérature comorienne, alors qu'elle est le véhicule et la lumière  de toute culture nationale?

Il n’y a pas que le ministre de la culture qui néglige ce qui relève de son ministère. Tout le monde s’en fout, malheureusement, des responsabilités qui lui incombent. C’est pourquoi les Comores sont ce qu’elles sont aujourd’hui. J’espère que chacun va assumer pleinement ses responsabilités afin que les Comores puissent trouver la voie au développement socio-économique.

Hadidja : Quelle est la place de la culture orale dans la littérature comorienne ?

La culture orale ou bien je dirai la littérature orale a une place de choix dans la littérature écrite comorienne de langue française car tout d’abord les écrivains s’inspirent beaucoup d’elle pour produire leurs œuvres. Soilih Mohamed Soilih l’a dit je cite : « Les auteurs puisent aussi bien dans les fables, les légendes et autres fantasmagories constitutives de l’imaginaire collectif comorien que dans les techniques d’expression des temps passés. La littérature comorienne plonge ainsi régulièrement dans le merveilleux des  contes et des légendes des îles de la lune, visitant les mythes autour de Salomon et de la reine de Saba, situant le royaume des djinns entre le Karthala et les djebels de Hadhramaout, mêlant le récit et l’imaginaire ». Pour vous donner un exemple probant notre écrivain Salim Hatubou,  se rend de temps en temps aux Comores et procède à des enquêtes sur le terrain pour l’élaboration de certains de ses ouvrages. Dans les contes qu’il publie on voit un peu les histoires qu’on entendait quand on était tout petit. Il se confronte à un travail de transcription de l’oral à l’écrit, ce qui est merveilleux.

Mohamed: combien de poètes comoriens sont publiés? Quel genre de poésie font-ils?

Beaucoup de nos romanciers sont des poètes. Salim Hatubou, Nassur Attoumani, Aboubacar Saïd Salim et j’en passe. Il y a aussi des poètes qui se sont consacrés à la poésie notamment, Abdallah Said, Mab Elhad, Saidoun Ben Ali et j’en passe, la liste est tellement longue que je ne pourrai pas tous les citer. Je crois qu’il y a un peu de tout. On trouve à la fois de la poésie épique, de la poésie lyrique etc.…

Chat modéré par Djamal M'SA ALI & Ali Mmadi

mercredi 19 décembre 2007 à 20 h 30

 

Le-comorien.overblog.com

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