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  • : Blog destiné à faire connaitre les œuvres artistiques et poétiques des îles de la lune ''Comores ''
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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 13:04

 


        Kaulu la mwando. Cet opuscule, d’un rare pouvoir de séduction, paru en 2004 aux éditions Komédit, est malheureusement passé inaperçu. Pourtant, la beauté de ses poèmes, la véracité de son verbe, telle une ondée, nous décrassent. Ce recueil, petit soit-il, exorcise le Phobos qui loge en nous : l’auteur, gendarme de profession, nous tend une perche. Poésie engagée, tout porte à la révolte et à la quête de la liberté. Le poète à travers ce tout premier recueil met de côté son rôle de cloche à fromage (excusez le terme) ; son devoir de toujours protéger l’Etat : il  se gendarme contre l’Etat. Il offre à ses lecteurs, comoriens surtout, une vacance positive de ses activités professionnelles. Ce premier recueil du jeune Moronien  Mab Elhad est un court moment d’enseignements donné à tous ceux qui ont toujours rêvés d’une « émulation » dans l’Union des Comores. Kaulu la mwando nous enseigne, en peu de pages,   la révolte et la quête de la liberté.

 
    Le style de Mab Elhad est simple ; le rythme de ses poèmes enchante. Celui qui est « gendarme /et (qui) aime (son) peuple / (et que sa) volonté (son) courage (sa) résistance lui sont dédiés » compte libérer ses compatriotes, sujets au désamour, au désespoir, à la détresse,  à travers ce recueil. « Je vous apporte la paix/et vous éloigne du malheur », confie-t-il. Désormais, le peuple comorien doit, selon le souhait du poète, être libre comme un « oiseau libéré dans une cage » et « que l’on offre une nouvelle vie ».  Comme toute chose, ce recueil de poèmes  a un commencement sûr, une porte.  D’ailleurs, le poème qui ouvre le recueil s’intitule « Porte ! ». A vrai dire, en lisant religieusement le poème « Porte ! » on se rend compte que le poète ne savait pas par où commencer pendant la rédaction du livre. Le poète ignore tout du passé. Son passé. Et soucieux de connaître davantage son passé, la source des problèmes actuels, il sollicite l’érudition  d’une porte. Mais de quelle porte ?  En effet, cette porte en question ne saurait être que la porte de chez lui, de sa centenaire maison familiale cachée dans le millénaire médina moronienne. « Témoin du temps qui s’écoule/et des générations qui se suivent », la médina d’où vient le poète  est l’une des plus vielles villes des Comores. Comme Mutsamudu, sur l’île d’Anjouan, la Médina de Moroni  est un véritable témoin d’une grande partie de l’histoire des îles de la Lune. Surtout grâce à son emplacement. Se trouvant au bord de la mer, elle fait partie de ces rares escales de la route des Indes, pendant Vasco da Gama.   Autrement dit, la porte dont le poète parle ici n’est autre que l’histoire de la médina de Moroni. Moroni cette « terre arabesque /Avec ses cents détours et ses mille escaliers, /qui mènent toujours devant (des) mosquées séculaires ». Moroni cette cité millénaire dont l’auteur vante les mérites de sa beauté dans le poème Invitation au voyage.  Évidemment, Mab cherche des éléments de réponse dans l’histoire de cette « terre natale au nom qui (...) enchante » et qui « garde(s) dans son mutisme /les confidences du foyer/dont (elle) connaît le théâtre ». Sûrement le foyer dont le poète évoque ici est l’archipel des Comores. Mab sait que la solution aux problèmes des îles Comores se trouve dans l’histoire. Puisque l’histoire nous montre que les Comoriens sont tous des frères et doivent rester unis. L’histoire, malgré son « perpétuel malaise » nous montre que la paix et le bonheur ont déjà existé dans les Comores d’antan. La porte dont le poète cherche à franchir son seuil est celle de l’histoire.

 

De l’espoir à revendre

 « Faites-moi pêcheur

J’aurai mon espoir pour appât »

     A force de puiser son inspiration dans l’histoire des îles Comores, Mab Elhad s’est rendu compte que l’ensemble des habitants des îles de l’océan Indien avait les mêmes origines de par leur histoire. Il y a des liens de parenté entre les habitants des  pays de la mer. Ces liens parentaux sont nommés par le poète  l’ « indianométis ». Cela dit, l’ « indianométissage » dont l’auteur ne cesse d’évoquer tout au long de son recueil est ce mélange de sang « bantou », « arabe » … que chacun de nous porte en soi. Pour le poète l’ « Indianocéan » est une zone de paix. Les guerres ne sont venues que tout récemment. L’harmonie et l’amour entre les  peuples ont toujours existé. Ce qui veut dire que le poète croit à la COI, à cette organisation régionale de proximité créée dans le but de promouvoir un développement économique et humain durable des pays du sud-ouest de l’océan Indien. Mab Elhad appelle à « l’amitié entre les peuples » des pays de la mer ; à une « magie d’un regard commun ».  Pourvu que son message soit entendu, et que le séparatisme aux Comores touche enfin à sa fin. Le séparatisme, un mal dont le poète dénonce à travers ce recueil. D’ailleurs, Mab félicite Mohéli du fait d’avoir accueillie sur sa terre l’enterrement de la hache de guerre. En effet, le poète parle du récent Accord de Fomboni signé en 2001 par le Colonel Azali Assoumani et le Colonel Saïd Abeid.

 
La politique à la source du mal

 «  Il fallut du temps pour comprendre que politique

Fut à la source du mal qui les ronge »

           Dans le poème Crise, le poète croit trouver la source du mal qui ronge les Comores. C’est la « politique » qui est à la cause de tous les maux auxquels souffrent les Comoriens. Les politiciens comoriens ne pensent qu’à eux. Le peuple ne compte à leurs yeux que pendant les élections. Donc, il faut aux Comores un président digne d’un « Sankara ». Un président qui osera « dire non » et à cette France qui croit  que « l’Afrique n’est pas prête » et aux tentations. Un président qui pensera au peuple avant de penser à lui. Les Comores ont besoin d’un président comme « Mongonzi ». « Mongonzi » ou « camarade Ali Soilihi » s’était rendu compte que le développement d’un pays passe toujours par la femme et la jeunesse. Il faut que tout un chacun dans l’archipel soit épargné par les vrais ennemis de la nation, « la misère et l’ignorance ». D’ailleurs, c’est la raison selon laquelle il voulait une « émancipation de la femme » et un « épanouissement de la jeunesse ». Il voulait parce qu’il n’a pas pu finir sa mission. Il voulait parce qu’il a été tué avant même qu’il ait commencé sa mission. Il voulait parce que son histoire reste inachevée.

        Enfin, Mab Elhad marche dans le sillage de ses ancêtres, poétiquement parlant. Ses aïeuls sont Mbae Trambwe et Rabéarivelo. Sans l’ombre d’un doute, Kaulu la mwando prouve par sa  véracité et la portée de son verbe qu’ « être poète /c’est rester digne et grand ».
 Adjmaël  Halidi

www.adjmael-halidi

http//mtrwana.Skirock


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Published by Adjmael Halidi - dans Poésie
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commentaires

Abdou 09/04/2008 08:58

Jolie plume . Elle donne une de ces envie de lire le receuil . De quel révue est-elle tirée cette critique ? J'aimerai savoir , pour pouvoir m'abonner . Lire une plume pareille ...c'est important .Abdou Saïd Omar .